On ne peut que se réjouir du fait que les travailleurs-ses de Novartis Prangins n’aient pas perdu leur emploi. L’issue heureuse est due à leur résistance persévérante. Mais il faut aussi dire que cette issue a été favorisée par les cadeaux que le pouvoir politique a faits à Novartis, une entreprise qui n’est pas à plaindre avec son bénéfce en hausse de 2,2 milliards de francs (avantages fiscaux et dézonage d’un terrain). Les travailleurs-ses ont également dû accepter une augmentation importante de leur temps de travail sans compensation. Le prix à payer pour obtenir un revirement patronal est ainsi très élevé pour les salarié-e-s. Il faut dire qu’un système qui exige de tels sacrifices des employé-e-s et de l’Etat pour que la justice soit respectée demande à être changé. Il faut réfléchir aux meilleurs moyens d’améliorer la situation des salarié-e-s sans devoir s’agenouiller devant le patronat (l’Etat peut aider à retrouver un repreneur acceptant de fonctionner sans augmenter le temps de travail, l’Etat peut racheter lui-même l’entreprise, il peut soutenir la constitution d’une coopérative où peut-être les salarié-e-s accepteront des sacrifices mais alors ils les feront pour eux et non pour des “seigneurs”). Les syndicats sont sans doute très optimistes quand en se félicitant avec raison du résultat ils omettent de faire la critique du système dans lequel ils sont certes forcés de se mouvoir mais qu’ils ont en tout cas à remettre en question. Ce passage de Qu’est-ce que la propriété ? de Proudhon dit quasiment tout de cette pauvre, injuste et inacceptable situation d’inégalité dans laquelle l’ouvrier doit faire le gros de l’effort alors que l’entreprise qui ne lui appartient pas en tire les bénéfices.
“Quel est le fonds d’exploitation de celui qui loue ses services ? le besoin présumé que le propriétaire a de lui, et la volonté qu’il lui suppose gratuitement de l’occuper. Comme autrefois le roturier tenait sa terre de la munificence et du bon plaisir du seigneur, de même aujourd’hui l’ouvrier tient son travail du bon plaisir et des besoins du maître et du propriétaire : c’est ce qu’on nomme posséder à titre précaire [précaire, de precor, je prie, parce que l’acte de concession marquait expressément que le seigneur avait concédé aux prières de ses hommes ou serfs la permission de travailler.].
Mais cette condition précaire est une injustice, car elle implique inégalité dans le marché. Le salaire du travailleur ne dépasse guère sa consommation courante et ne lui assure pas le salaire du lendemain, tandis que le capitaliste trouve dans l’instrument produit par le travailleur un gage d’indépendance et de sécurité pour l’avenir.
Or, ce ferment reproducteur, ce germe éternel de vie, cette préparation d’un fonds et d’instruments de production, est ce que le capitaliste doit au producteur, et qu’il ne lui rend jamais : et c’est cette dénégation frauduleuse qui fait l’indigence du travailleur, le luxe de l’oisif et l’inégalité des conditions. C’est en cela surtout que consiste ce que l’on a si bien nommé exploitation de l’homme par l’homme.”


Denis
6 février 2012
A ce sujet, on lira avec intérêts les écrits d’un juriste, Jean-Philippe Robé, qui se pose des questions pertinentes, par exemple : “A qui appartiennent les entreprises ?” Le simple fait de se poser cette question montre que la réponse n’est pas si évidente que cela !
http://www.meshs.fr/documents/pdf/seminaires/2009/Debat_JPR_mai_aout_2009.pdf