Les six semaines de vacances et le droit de vote des étrangers

Posted on 18 mars 2012

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Si l’on vit en démocratie, le résultat du vote sur les six semaines de vacances est un bon argument en faveur de l’introduction du droit de vote pour les étrangers après 5, 8 ou 10 ans de résidence.

En effet qu’en est-il de ce résultat où l’on a vu les 2/3 des électeurs rejeter l’allongement des vacances, ce qui prouverait selon certains l’attachement profond des travailleur-se-s suisses au travail, mamelle de notre extraordinaire prospérité ?

Avec 45 % de participation, ce résultat signifie qu’environ 30 % des électeurs suisses  estiment qu’il ne faut pas  accorder plus de vacances à tous; parmi lesquels sans aucun doute un bon nombre de gens ont déjà assez de vacances, un bon nombre ne travaillent pas ou ne travaillent plus, un certain nombre ne veulent pas de vacances supplémentaires parce que, contrairement à d’autres, ils font un travail passionnant, un travail peu fatigant ou un travail qui leur permet de s’enrichir beaucoup et vite; un grand nombre s’est abstenu, et on ne peut sans doute pas en conclure qu’ils sont tous des fanatiques du boulot; et le grand nombre d’étranger-ère-s qui accomplissent les tâches particulièrement ingrates et usantes, indispensables à la prospérité helvétique, n’ont tout simplement pas été consulté-e-s.

Si les étrangers établis chez nous depuis plusieurs années avaient pu voter, le résultat n’aurait pas nécessairement changé, mais au moins la question aurait été réglée par tous ceux qui sont concernés et non seulement par certains; et si la démocratie ne doit pas impliquer seulement ceux qui sont concernés, en revanche elle n’existe guère si ceux qui sont concernés sont laissés de côté.

Si l’on veut parler de vraie démocratie et non de démocratie à géométrie variable, il faut donc rapidement introduire le droit de vote, y compris en matière fédérale, pour les étrangers installés chez nous depuis plusieurs années. Dans les objets de politique sociale (mais pas seulement), ce serait faire intervenir une partie de ceux qui sont (parfois fortement) concernés. De la sorte on ne verrait pas les embourgeoisés pommadés lecteurs des rubriques économiques libérales (fiers de la « supériorité » suisse) décider pleins d’arrogance que les salarié-e-s qui s’éreintent au travail n’ont pas besoin de vacances supplémentaires !

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