Présidentielle française 2012: un goût amer après le premier tour

Posted on 28 avril 2012

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Le résultat du premier tour des présidentielles françaises 2012 laisse un goût amer.

Même si on peut se réjouir que Hollande passe avant Sarkozy et soit en bonne position pour l’emporter le 6 mai.

Pourtant que de déception par rapport au score de Jean-Luc Mélenchon, notre champion, qu’on peut féliciter de tout coeur ainsi que les camarades du Front de Gauche et celles et ceux qui ont eu le courage de le soutenir (et il y en a eu presque partout plus de 10 % !). Ces sacrés sondages (en l’occurence trompeurs) nous avaient fait nous réjouir trop vite. La deuxième gauche renaît, mais elle n’est pas encore en mesure de donner le ton. Il apparaît que si le Front de Gauche a réussi à rassembler les convaincus qui avaient ces derniers temps perdu l’espoir, il n’a pas réussi à beaucoup s’étendre hors de la famille. Pour moi, une des réponses pourrait être le fameux « vote utile » (casseur de dynamiques) qui fait qu’un certain nombre, à gauche, bien qu’attirés par le message clair diffusé par Mélenchon, ont dans les derniers jours lâché le candidat du changement. Pensant qu’il ne pouvait pas l’emporter, animés par le réflexe (justifié) anti-sarkozyste, ils ont pour finir opter pour le »moins pire », le prince du socialisme mou. Il est vrai qu’il est le « moins pire » (voir l’Espagne de Rajoy par rapport à celle de Zapatero ou l’Angleterre de Cameron par rapport à celle de Brown…). On ne voulait pas prendre le risque de voir Hollande deuxième. Mais si on avait pris un peu plus de risques, le Front de Gauche serait à 2 ou 3 points de plus, Le Pen serait peut-être recalée à la quatrième place, ce qui aurait dû arriver (voir plus loin), et il y aurait plus de moyens pour imposer une ligne plus combative à la gauche molle. Au vu des résultats, on me dira qu’alors Sarkozy aurait été premier et qu’il aurait été plus difficile à battre… c’est à voir (car à autres résultats, autres dynamiques).

Mais le plus choquant et le plus inacceptable, ce sont bien sûr les presque 18 % de « Madame la baronne » (qui hélas n’est pas à la peine !). Comment en arrive-t-on à ce point après 130 ans d’école obligatoire ? Face à la crise, dans le désarroi, au lieu de se battre pour améliorer sa situation en luttant pour de meilleurs salaires, pour des emplois, pour la solidarité, en comprenant le monde dans lequel on vit, on vote FN (comme en Suisse on vote UDC). On préfère ne pas comprendre, croire que tout se résoudra en renvoyant les étrangers. On ne fait pas le plus petit effort pour comprendre que les sociétés humaines sont faites pour se mélanger (depuis toujours, voir les Gallo-Romains, l’arrivée des Francs et des Allamans, etc. etc. etc.), que les réactions de repli sont naturelles mais qu’il est nécessaire de travailler à les surmonter, qu’aujourd’hui pour mettre fin à l’immigration il faudrait d’ailleurs déporter massivement les gens ! On cède aussi à la plus mauvaise part en soi, l’égoïsme et la mesquinerie, et on piétine la générosité et le devoir moral (voir Deutéronome 10, 17-18:  « Car c’est le Seigneur votre Dieu qui est le Dieu des dieux… qui rend justice à l’orphelin et à la veuve, et qui aime l’émigré  en lui donnant du pain et un manteau »). Bien sûr on ne peut attribuer toute la responsabilité d’un tel vote à ceux qui s’y laissent aller: l’instruction n’est pas égale pour tous, elle est d’ailleurs souvent orientée (elle refuse ce qui est trop critique), elle n’écarte pas d’office les préjugés qui sont tenaces, l’ambiance générale est aujourd’hui à l’égoïsme. Mais si l’on peut tout à fait comprendre les raisons qui font voter FN (détresse économique, désespoir par rapport à des politiques libérales qui maintiennent ou augmentent l’enlisement), on n’a pas à comprendre le vote FN, faux et malhonnête sur toute la ligne: à celles et ceux qui cèdent à ces démagogues « marinant »  dans leurs préjugés (remontant du fond des âges), il faut clairement dire que leur choix est inadmissible, inadmissible intellectuellement et moralement, que le seul choix raisonnable serait d’opter pour une vraie gauche qui table sur les qualités qu’ils ont en eux et non sur leurs défauts. La situation actuelle n’est plus possible en beaucoup de lieux, c’est la stricte vérité, mais la bêtise préfasciste ne peut rien résoudre. En tant qu’êtres humains civilisés, on doit chercher à comprendre le monde et à construire une société meilleure: cela se fait en identifiant les vrais problèmes (les banques, les multinationales, l’explosion des inégalités), en luttant ensemble, notamment dans les syndicats, pour en venir à bout, mais en gardant un esprit de générosité. Un des points forts de la campagne de Mélenchon a été de dénoncer sans ménagement la droite populiste pour ce qu’elle est. On dira que ça ne l’a pas servi: mais lui au moins il la combat, alors que d’autres favorisent son succès soit en faisant semblant de ne pas la voir (ce qui n’a jamais été une manière d’affronter l’adversaire), soit, comme Sarkozy, en adoptant une partie de son programme, lui donnant ainsi du crédit et poussant certains à choisir l’original plutôt que la copie.

Oui cette élection montre qu’on n’est pas encore sorti, très majoritairement, du « il n’y a pas d’alternative » et de l’oubli de la foi dans le changement (ou alors on croit que le changement se résume à vociférer contre l’étranger). Plus de 11 % des Français (auxquels il faut ajouter 4 % allant aux autres candidat-e-s de la gauche non socialiste), et sans doute 4-5 % en plus suivant les moments, ont montré leur volonté de rupture. Pour que s’impose un espoir de changement comparable à celui d’après 1945, il faudra encore attendre (et en Suisse plus qu’ailleurs).

Mais qu’y a-t-il d’autre à faire que de continuer ? D’ailleurs quand on est de la vraie gauche, on n’a pas le choix, c’est une seconde nature, cela s’impose comme le printemps après l’hiver.

Alors continuons (de lutter pour le changement et contre la xénophobie). Et merci encore au Front de Gauche et à Mélenchon, pour l’exemple que nous donnent leur lucidité, leur foi, leur combativité et leur courage !

Un des grands meetings du Front de Gauche

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