Merck Serono: le pouvoir absolu d’une multinationale

Posted on 28 avril 2012

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La destruction de Merck Serono à Genève illustre une nouvelle fois l’esprit du capitalisme financier.

Malgré plus de 300 millions de bénéfice en 2011, on décide allègrement la fermeture d’un site employant 1250 employés, en supprimant 500 postes et en voulant cyniquement en déplacer 750 vers d’autres pays, avec le « culot » de proposer aux employés genevois, comme une solution raisonnable, de déménager par exemple à Pékin (comme à Fralib on proposait aux salariés d’aller s’installer en Pologne) !

En 2006 l’entreprise a été vendue pour 16 milliards par le superchampion de voile Bertarelli qu’on va aujourd’hui interviewer pour lui demander ce qu’il pense des événements et qui, c’est touchant, dit qu’il est triste par rapport aux employés licenciés !

Aussi bien le fringant milliardaire qui a livré l’entreprise familiale pour grossir sa pelote, que Merck qui a profité pour quelques années de la Suisse ultra-libérale, illustrent le despotisme capitaliste.

Voilà un nouveau cas (il en est tellement) qui montre l’urgence de passer à une économie plus démocratique. En effet ni Bertarelli ni Merck Serono n’auraient le moindre argent dans leurs caisses si les chercheurs et autres employés n’avaient pas travaillé avec sérieux et compétence; et ce rôle essentiel dans les gains de l’entreprise leur donne assurément un certain droit de copropriété et de cogestion, même sans le passage au statut coopératif. Quand on modifiera les lois pour tenir compte de ce droit (un droit humain élémentaire), et que le grand patronat devra tenir compte de l’avis de celles et ceux sans qui sa richesse n’existerait pas, les capitaines d’industrie soumis aux actionnaires perdront leur pouvoir absolu.

On entend déjà le choeur des libéraux effarouchés: dans ces conditions, les entrepreneurs privés se croiseraient les bras et n’investiraient plus ! Cette remarque est tout de même étonnante, car un entrepreneur et des actionnaires privés, s’ils devaient partager (dans des proportions à définir) gains et pouvoir avec les salariés, ne gagneraient-ils pas de toute façon plus que s’ils restaient à ne rien faire ?

Pour le risque de délocalisation, on ne peut qu’appeler, pour le contrer, à une fiscalité rigoureuse qui exigerait des entreprises, au moment où elles partiraient, une contribution suffisante pour que l’Etat puisse constituer un « trésor de guerre ».  Ce dernier pourrait servir à nationaliser l’entreprise ou à en subventionner la reprise sérieuse par d’autres sociétés privées ou par les travailleurs eux-mêmes.

Mais bien sûr pour obtenir ces changements salutaires, seule l’organisation des salariés (avec l’appui de forces politiques décidées à changer le système) peut être efficace. Bravo aux employés de Merck Serono qui se sont retrouvés hier pour entamer la résistance. Espérons que cette résistance aura du succès, et qu’elle s’inscrira comme une étape dans la longue lutte contre les excès de la liberté économique, une lutte qui est en même temps une lutte pour la vraie liberté de tous, par exemple la liberté des travailleurs de continuer de vivre avec leur famille dans la région où ils ont construit leur vie.

On arrive au Premier Mai, fête des travailleurs en lutte. Merck Serono nous rappelle la différence entre les grands patrons et les salariés, une différence qu’il faudra à l’avenir réduire: car il n’est pas juste que les gros patrons travaillent, commandent et encaissent, alors que les salariés ne font que travailler, alors qu’à l’évidence, sans les salariés, les grands patrons ne sont rien !

Grands patrons-salariés: un fossé à combler

Solothurner Zeitung

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