Votation du 17 juin: qui a peur de la démocratie ?

Posted on 31 mai 2012

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A l’heure du choix concernant l’extension de la démocratie directe pour les traités internationaux, j’ai dû passablement réfléchir.

Fondamentalement, je pense qu’il faut toujours être favorable à un accroissement de la démocratie, quel qu’il soit. L’avenir est à l’augmentation de la participation des citoyen-ne-s, et plus les gouvernements et les parlements seront contrôlés, mieux cela vaudra.

Mais il est vrai que certains arguments des adversaires de l’initiative pouvaient donner lieu à hésitation. Il est vrai qu’en Suisse on peut se prononcer par référendum obligatoire sur les traités les plus importants, comme ceux portant sur des adhésions à des organisations supranationales réduisant grandement notre indépendance (comme l’UE). Il est vrai aussi qu’il est possible de se prononcer sur des accords moins importants (comme Schengen-Dublin) suite à un référendum facultatif muni de 50000 signatures. Il est vrai aussi que nombre d’accords sont incontestés et que finalement peu de référendums facultatifs ont été demandés.

Mais faut-il conclure que plus de démocratie directe dans ce domaine nuirait ?  En voyant quels sont les adversaires les plus farouches de l’initiative, les dirigeants des grandes entreprises, et en voyant aussi combien l’on a été peu consulté sur les évolutions de l’OMC, il faut voir que la grande économie n’aime pas la démocratie. Pour réaliser au mieux ses affaires, la grande économie aimerait que les milieux économiques moins puissants, que les perdants de la mondialisation, que les régions périphériques n’aient pas voix au chapitre (ou en tout cas le moins possible).

Alors, même si cette initiative n’est pas très bien conçue (les industriels et les banquiers ne devraient d’ailleurs pas trembler, car c’est le Parlement qui devra décider des traités « importants » et si l’initiative passe, il gardera un certain contrôle sur le processus), même si elle coûtait quelques millions (la démocratie se mesure-t-elle aux factures qu’elle occasionne ?), et même si l’on constate sans surprise que l’argumentaire des initiants manifeste la navrante mesquinerie typique des milieux dont elle provient (surtout ne pas trop dépenser pour les autres qui sont dans le besoin !), je vais l’accepter. Il me semble qu’il n’est pas si facile de repérer dans les détails techniques que les spécialistes tiennent bien cachés ce qui pourrait valoir une votation, et aussi qu’aujourd’hui il n’est pas si facile de faire aboutir un référendum facultatif si l’on n’a pas l’appui d’une grande organisation. Et surtout j’espère que malgré le flou entourant la notion de « traité important », on pourra davantage se prononcer par exemple sur des accords conclus dans le cadre de l’OMC, où les décisions sont prises anti-démocratiquement dans le secret de salles de conférence où oeuvrent des fonctionnaires mandatés par des gouvernements néolibéraux, travaillant d’abord pour les multinationales et très secondairement pour les citoyen-ne-s et les travailleurs-ses (voir à cet égard un article à propos des marchés publics montrant bien avec quel esprit nos autorités s’efforcent de passer par-dessus le peuple et les cantons: http://www.lavieeconomique.ch/fr/editions/201003/Oesch.html).

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