Le « payer moins cher », dernier mot de l’échange capitaliste

Posted on 1 juillet 2012

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Payer moins cher semble être dans l’économie de marché capitaliste le début et la fin de toutes choses.

Quand on vous appelle pour vous proposer de changer d’opérateur téléphonique, l’argument énoncé dès le début est: « vous payerez moins cher vos communications ». J’ai toujours répondu que je n’étais pas intéressé parce que j’étais satisfait de mon opérateur actuel (Swisscom). J’ai toujours dit que je trouvais  que les services de cet opérateur était de qualité, que c’était un opérateur majoritairement public et que pour moi les télécommunications devaient être un monopole public, que je ne voulais pas affaiblir cet opérateur pour qu’il ne soit pas obligé, à cause de la concurrence, de diminuer la qualité de ses services et pour que, si un jour mes idées l’emportent, il soit plus fort pour assumer de nouveau son rôle monopoliste… En général après quelques instants de muette surprise je m’entends répéter: « Mais enfin vous allez payer moins cher ». Et quand je dis encore que cela m’est égal, incrédule, on me répond souvent: « Mais vous ne pouvez pas préférer payer plus cher ! » Et bien oui je peux choisir de payer plus cher si j’en ai les moyens (et si je n’abuse pas du téléphone, j’en ai d’autant plus les moyens), car contrairement à la logique libérale, il y a, comme indiqué plus haut, d’autres raisons de choisir un fournisseur que le meilleur marché…

Il en va de même pour les compagnies d’assurance maladie. « Si vous changez de compagnie, vous payerez moins cher ». « Ah bon, je ne suis pas intéressé », « Mais ce n’est pas possible, vous allez payer moins cher ». « Si, c’est tout à fait possible, car je suis en gros satisfait de mon actuelle compagnie, parce que je ne veux pas me causer le dérangement d’un changement, parce que je juge le tourisme assurantiel négatif et favorable au système actuel de fausse concurrence dans l’assurance maladie, parce que pour moi l’objectif n’est pas de payer moins cher maintenant, mais d’établir une caisse unique publique qui mettra fin à ce système où ce sont des compagnies privées s’occupant aussi des assurances complémentaires qui sont chargées de l’assurance de base. Alors peu importe que vous ayez de la peine à croire que je ne veux pas payer moins cher.

Il en va de même pour tant de publicités commerciales qui veulent vous faire changer de magasins parce que les produits  « y sont moins chers ». Peut-être bien, mais je ne vais pas changer de fournisseur, parce que je suis assez content du mien, parce que le magasin est situé près de chez moi, parce que je connais bien la gérante, parce que pour moi la fidélité est une valeur morale, parce que j’aime bien la manière dont les étalages sont agencés, parce que j’y rencontre des concitoyen-ne-s sympathiques. Et comme, par chance, je ne suis pas obligé de faire attention à tous les prix (c’est bien sûr une chance), je ne vois pas pourquoi je suivrais la soi-disant imparable logique capitaliste, qui semble bien prendre tous les êtres humains pour de petits enfants apprenant à économiser avec un cochon-tirelire.

Les raisons d’agir économiquement, sauf en cas de grande pauvreté (et encore), ne se résument pas à la quête du meilleur prix. Certains libéraux avaient une mentalité de boutiquiers et c’est eux qu’on prend aujourd’hui comme maîtres à penser.

Mais il est vrai qu’à force de s’entendre dire « on ne peut pas refuser de payer moins cher », on se met peu à peu à raisonner comme des pions pour qui il n’y a pas de petits profits !  Sachons pourtant résister à l’endoctrinement de cette culture qui nous pousse à être mesquins, alors que nous sommes capables de beaucoup mieux !

Quand on paye moins cher on économise pour acheter encore plus

image: rabaisrabais.com

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