Le rébétiko, le blues de la Grèce

Posted on 7 octobre 2012

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D’un voyage en Grèce il y a quelques années, j’avais ramené des chansons, notamment un disque de Tsitsanis. Mais je l’avais négligé, ne sachant pas trop ce qu’était le rébétiko. C’est
ainsi une véritable découverte que j’ai faite récemment, entraîné par les hasards de la navigation sur Internet. Les chansons de style rébétiko, accompagnées le plus souvent par des
ensembles de bouzouki, m’ont complètement séduit. Je me suis spécialement laissé conquérir par les anciens enregistrements des années 1930 et jusqu’au début des années 1950,
marqués par le style orientalisant. Je me réjouis de donner quelques clés pour cette magnifique musique à celles et ceux qui ne la connaîtraient pas.

Je donne quelques informations empruntées à Wikipedia sur l’origine de ce style musical:

« Le développement des rébétika au port du Pirée, dans la banlieue pauvre et désaffectée d’Athènes, fut la conséquence de la rencontre, dans les années 1920, des réfugiés d’Asie mineure (note JMM: en 1923, selon une logique d’épuration ethnique, 1.500.000 Grecs de Turquie durent gagner la Grèce suite à la défaite de l’armée grecque contre les Turcs, alors que 500.000 Turcs de Grèce durent gagner la Turquie) et des émigrés de la Grèce des îles et du continent venant chercher à Athènes une vie meilleure que celle des campagnes. L’orientalité des uns et la pauvreté des autres ont vite fait de les exclure en marge des mœurs grecques du continent comme de la « bonne société » se dirigeant vers le modèle d’un « Occident imaginé ». Bientôt apparaissent des chansons faisant l’apologie du mode de vie « rébet », basé sur l’honneur, un mélange de bonté de cœur et de malice qui fait tout le personnage du « mangas » (note JMM: le « mangas » est l’homme fort), là où le marginal s’érige en modèle. »

http://fr.wikipedia.org/wiki/Rebetiko

Citant encore Wikipedia, voici des données sur les thèmes abordés (à défaut de comprendre les paroles…):

« La thématique des rebétika tragoúdia (= chanson rébétique) est liée, surtout dans les plus vieux enregistrements, au monde des bas-fonds: consommation de drogue, principalement le hachich (note JMM: dont la consommation était courante dans l’Empire ottoman), prison, prostitution, déracinement, thèmes anti-policier et anti-bourgeoisie, maladie (notamment la tuberculose), satire politique, jeu, amour malheureux. À partir de 1937 et de la mise en place de la censure (note JMM: elle intervient dans le contexte de la dictature fasciste de Metaxas), on trouve de plus en plus de chansons d’amour, ou des thèmes sociaux, mais avec un vocabulaire moins cru et moins direct, plus évasif. »

même source (Wikipedia)

Toujours pris dans Wikipedia, voici quelques noms de chanteurs, chanteuses et compositeurs:

chanteuses:

chanteurs et compositeurs:

même source

Pour terminer, quelques remarques musicologiques tirées de la présentation d’un livre de Gail Holst intitulé Aux sources du rébétiko (Editions Les Nuits rouges):

« On admet généralement aujourd’hui que non seulement les modes, les rythmes, les termes musicaux et les instruments du rébétiko dérivent de la musique populaire ottomane, mais encore que beaucoup de ces chansons ne sont tout simplement que des versions grecques de chansons populaires de Constantinople ou de Smyrne. En outre, toute la tradition de l’improvisation vocale et instrumentale est aussi orientale. Bien sûr, et comme toutes les autres, la musique turque était elle-même hybride, façonnée par d’incessants échanges entre les diverses communautés religieuses ou ethniques vivant en Anatolie ou dans les Balkans.

Le rébétiko est l’héritier d’une tradition orale où l’improvisation avait une part importante. Les plus vieux musiciens que j’ai pu rencontrer m’ont confirmé qu’ils tenaient ces morceaux d’amateurs ou de semi-professionnels, habitués des fumeries et des tavernes du Pirée. Selon eux, certaines chansons n’avaient pas d’auteur connu, à la différence d’autres qu’ils attribuaient à un auteur particulier. Ils étaient rarement d’accord sur ces questions, ainsi d’ailleurs que sur les titres des morceaux, qui variaient selon les lieux. En revanche, ils se rappelaient tous que les improvisations ne portaient pas seulement sur la musique mais aussi sur les paroles. »

http://les.nuits.rouges.free.fr/spip.php?article33

Le rébétiko est une musique du peuple qui a été comparée au blues. Il chante les joies et les peines, les difficultés et les expériences de gens du peuple qui ne sont pas des ouvriers ou des paysans, mais des marginaux vivant dans les villes. Et ceux qui sont marginalisés sont très bien placés pour éprouver des sentiments intenses et pour les exprimer avec liberté et force. Il est intéressant aussi de constater que le rébétiko, en perdant une part de son identité, est devenu dès les années 1950 la musique la plus représentative de la Grèce. Preuve que les sociétés doivent souvent beaucoup à leurs marginaux !

Comme illustrations musicales, une chanson d’abord de Stella Haskil (avec Takis Binis), « Kaigomai, kaigomai » (« Je brûle, je brûle »), et j’aime particulièrement la voix chaude de cette chanteuse.

Puis une chanson de Stratos Pagioumtzis, « Den paei kato to krasi » (« Le vin ne descend pas »).

Enfin une chanson (je ne suis pas certain des références) de Yiannis Papaioannou interprétée par Odysseas Moschonas, « O chorismos » (« La séparation »).

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