El Chino un beau film argentin

Posted on 1 janvier 2013

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Un remarquable film argentin, El Chino (Le Chinois), de Sebastian Borensztein, est sorti cette année. L’intrigue n’est pas inintéressante, mais ce qui caractérise le mieux cette oeuvre, c’est la sobriété et la délicatesse des sentiments humains représentés.

Les scènes se passent surtout dans le petit appartement et la vieille boutique de quincaillerie de Roberto. C’est un célibataire endurci, un passionné contenu, nourri de sa solitude et du culte qu’il voue à ses parents. Un jour qu’il pique-nique seul, au bord d’une route, il assiste à l’expulsion d’un taxi de Jun, jeune Chinois fraîchement débarqué. Ce dernier  ne parle pas un mot d’espagnol, réussit seulement à faire comprendre qu’il recherche son oncle. Roberto, généreux, lui porte secours, mais compte régler rapidement l’affaire pour retrouver sa chère tranquillité. Les circonstances feront qu’il va se résoudre, malgré ses réticences, à faire bien plus que prévu, surtout à l’accueillir chez lui. Cette expérience en forme d’épreuve (pour lui quasiment surhumaine) va conduire, en parallèle, Roberto à s’ouvrir à l’amour d’une jeune femme, Mari, à laquelle au départ il avait adressé une fin de non recevoir.

Intéressant est le principal passe-temps de Roberto, qui consiste à collectionner des articles sur des faits divers étonnants. Un des moments clés du film est celui au cours duquel il explique le début de sa passion de collectionneur: l’article sur la guerre des Malouines où il était, photographié en soldat, à la première page, un article qui fit mourir son père d’inquiétude, un article qui selon Roberto montre l’absurdité des choses, car son père avait retrouvé en Argentine la guerre qu’il avait voulu fuir en quittant l’Europe. Mais la discussion sur la collection d’articles est aussi le moment où s’établit le lien, montrant que tout n’est pas si absurde, entre Roberto et le jeune Chinois: ce qui a provoqué l’exil du Chinois est un événement extraordinaire (la chute d’une vache depuis un avion qui a tué sa fiancée- le film s’inspire d’ailleurs d’un fait divers authentique) dont il a conservé le compte-rendu dans sa collection.

Les personnages du film sont simples et directs, servis par une interprétation très sensible et très vraie (l’acteur Ricardo Darin dit d’ailleurs: « Roberto, c’est moi »). Roberto est renfermé, mais il fait aussi preuve d’une totale franchise, a un sens critique développé, et dit leurs quatre vérités à un policier d’allure fasciste tout comme aux bureaucrates de l’ambassade de Chine. Le jeune Jun est foncièrement bon et désarmant, il ne peut tout simplement pas se passer d’aide et reconnaît ce qui lui est donné en rendant, parfois maladroitement, des services. Quant à Mari, elle est pleine de sentiment et d’énergie, mais elle montre aussi un complet respect pour la fermeture de Roberto. Socialement, ils n’appartiennent pas aux catégories gagnantes du système actuel: Roberto exploite laborieusement son petit commerce dont la clientèle semble épisodique, Jun est un Chinois qui a fui pour des raisons personnelles et que la réussite capitaliste de son pays n’intéresse pas, Mari, on le voit à la fin, est une paysanne qui semble peu soucieuse de rendement. Ce sont des gens modestes, à l’écart de la fièvre mondialisée, qui cherchent à préserver ou à développer leur part de bonheur sans nuire aux autres, prêts au contraire à leur venir en aide s’il en est besoin. Ce sont trois personnages qui laissant la vie agir sur eux, permettent à de bonnes choses d’arriver: le désintéressement, la solidarité et l’amour.

El Chino fait passer un bon moment. Il est heureux et rassurant qu’il ait eu un vif succès en Argentine, où il a été vu par plus de 900.000 spectateurs. Il a aussi été désigné Meilleur film au Festival de Rome 2011.

El Chino, le quincailler et le réfugié

El Chino, le quincailler et le réfugié

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