William Morris: socialisme et beauté

Posted on 3 mars 2013

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William Morris (1834-1896) est une grande figure des arts anglais du XIXème siècle. Grand artiste, il s’engagea aussi politiquement et fut un fervent socialiste.

Il fut vraiment un homme universel, comme on en trouvait à la Renaissance: poète de grande réputation, traducteur des épopées islandaises, il fut aussi un artiste-artisan dirigeant un atelier qui travailla dans des domaines aussi divers que la tapisserie, le mobilier, le textile, le vitrail, la céramique et les manuscrits, fondant aussi une imprimerie. Il était un compagnon et collaborateur des préraphaélites Edward Burne-Jones et Dante Gabriel Rossetti, soucieux de sauver une beauté harmonieuse (toute platonicienne) mise à mal dans le monde moderne.

Politicien, il adhéra au socialisme vers 1880, anima pendant plusieurs années la Socialist League, une dissidence fondée en 1884 de la Social Democratic Federation marxiste d’Hyndman. Constituée de marxistes et d’anarchistes (une des filles de Karl Marx en fut membre), refusant le parlementarisme, hostile à l’étatisme, la Socialist League, malgré les efforts de William Morris répandant la bonne parole dans tout le pays à travers conférences, meetings et réunions de comités, en proie aux divisions, céda la place en Grande-Bretagne à des mouvements plus pragmatiques. Mais William Morris écrivit d’intéressants textes politiques. Il exprima tout particulièrement sa vision du monde dans sa très belle utopie News from Nowhere (Nouvelles de Nulle Part), où il dépeint une société qui, suite à une révolution, a tourné la page du capitalisme industriel et de l’urbanisation sauvage, au profit de communautés harmonieuses voués à un bonheur agricole et artisanal. Dans l’Histoire générale du socialisme (coll. Quadrige, tome 2), François Bédarida écrit pour résumer l’esprit de l’action politique de William Morris: « il fait passer dans le mouvement révolutionnaire un souffle d’absolu » (p. 360).

William Morris revendique « le droit de vivre dans un monde de beauté ». Il exige aussi pour tous un travail « qui vaille la peine d’être fait », « qui soit agréable en soi », qui n’implique ni « inquiétude excessive » ni « excessive fatigue » (c’est ce qu’il nomme « le travail-dans- la-joie »). Le travail qu’il préconise, bien qu’il ne rejette pas les machines qui allègent la peine des travailleurs, est celui de l’artisan, qui est en même temps artiste. « L’artisan », écrit-il, « à mesure qu’il façonnait l’objet entre ses doigts, l’ornait si naturellement, sans le moindre effort conscient, que l’on a souvent de la peine à voir où finissait la partie purement utilitaire et où commençait la partie ornementale ».

C’est en fait pour tous l’activité vraiment épanouissante de l’artisan ou Art Populaire, qu’il s’agit de promouvoir: car, disait Morris, « je ne veux pas d’un art pour une minorité… ». Il demande aussi un cadre de vie décent, comportant un bon logement, des espaces verts et la présence de la beauté à travers une architecture esthétique et des paysages protégés et non pollués. Chacun disposera aussi d’un loisir suffisant pour « mener une réflexion personnelle approfondie, donner libre cours à son imagination » et même « rêver ». Contre le commerce disant « est-ce que cela va rapporter ? », Morris en appelle à un monde satisfaisant les vrais besoins de l’homme. En plus du travail utile et agréable et du loisir, ce sont la santé (jouir d’ un corps sain, « jouer…avec le soleil, le vent, la pluie ») et l’instruction (intellectuelle, artistique, comportant l’apprentissage de plusieurs métiers) qu’il faut rechercher. Au lieu de la crainte et de la compétition, c’est la confiance et la coopération qui doivent régner.

William Morris n’avait pu de son vivant fabriquer de beaux objets pour le grand public, les techniques artisanales qu’il utilisait étant trop coûteuses. Le XXème siècle par la popularisation des arts décoratifs a en partie réalisé son programme.

Quant à sa pensée, soucieuse de qualité de vie et d’esthétique et critique à l’égard de l’industrie, si elle étonnait dans la gauche du XIXème siècle, elle est  en consonance avec notre époque où se fait entendre l’appel à la joie de vivre et à la décroissance.

William Morris

William Morris

Tapisserie de 1885 dessinée par William Morris et tissée dans son atelier de Merton Abbey

Tapisserie de 1885 dessinée par William Morris et tissée dans son atelier de Merton Abbey

Salle à manger  (dite Green Dining Room) commandée à William Morris dans les années 1860 pour l'actuel Victoria ans Albert Museum de Londres

Salle à manger (dite Green Dining Room) commandée à William Morris dans les années 1860 pour l’actuel Victoria and Albert Museum de Londres

Frontispice des Nouvelles de nulle part  (1892) réalisé dans son imprimerie de Kelmscott Press

Frontispice des Nouvelles de Nulle Part réalisé en 1892 dans son imprimerie de Kelmscott Press

sources des images:

portrait:

http://theyoungcreatives.wordpress.com/2012/05/06/the-classic-creatives-william-morris/

 tapisserie:
Dining Room:
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