Les Scop, des entreprises démocratiques

Posted on 9 mai 2013

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Dans ce blog j’ai à plusieurs reprises évoqué les coopératives de production, entreprises industrielles ou de services propriété des salarié-e-s, qui s’appellent en France Scop. C’est un type d’entreprise prometteur, soutenu au XIXème siècle par les disciples de Proudhon, de Buchez et par les Communards, à la fin du XXème siècle par les autogestionnaires. Le socialisme marxiste l’a souvent regardé de haut, le jugeant insuffisant et préférant le collectivisme étatique. Pour dépasser le capitalisme, il faut pourtant multiplier les coopératives de production.

Fin 2011, il y avait en France 1910 Scop regroupant près de 41000 personnes, pour un chiffre d’affaires de 3,7 milliards d’euros.  60 % des Scop sont de petites entreprises de moins de dix salariés, 33 % en ont de 10 à 50 et seul un petit nombre en compte plus de 50 (Acome (câbles et fibres optiques) en compte cependant 1350). Plus de 400 Scop travaillent dans le bâtiment, plus de 350 dans l’industrie et plus de 1100 oeuvrent dans les services.

(voir: http://www.lepoint.fr/economie/goodyear-qu-est-ce-qu-une-scop-exactement-26-02-2013-1632698_28.php)

Voici comment le site des Scop décrit les grands traits de leur fonctionnement:

« La Scop

Juridiquement, une Scop est une société coopérative de forme SA ou SARL dont les salariés sont les associés majoritaires.

Dans une Scop, les salariés sont associés majoritaires et détiennent au moins 51 % du capital social et 65 % des droits de vote. Si tous les salariés ne sont pas associés, tous ont vocation à le devenir.

Dans une Scop, il y a un dirigeant comme dans n’importe quelle entreprise. Mais celui-ci est élu par les salariés associés.

Dans une Scop, le partage du profit est équitable :
– une part pour tous les salariés, sous forme de participation et d’intéressement ;
– une part pour les salariés associés sous forme de dividendes ;
– une part pour les réserves de l’entreprise.

Dans une Scop, les réserves, impartageables et définitives – en moyenne 40 à 45 % du résultat – vont contribuer tout au long du développement de l’entreprise à consolider les fonds propres et à assurer sa pérennité. Les co-entrepreneurs sont rémunérés de leur travail et de leur apport en capital, mais à leur départ, celui-ci leur est remboursé sans plus-value. »

http://www.les-scop.coop/sites/fr/les-scop/qu-est-ce-qu-une-scop.html

Les Scop sont constituées de diverses façons et ont un taux de survie supérieur à celui des autres entreprises:

« Les scop, créées ex-nihilo pour 73 %, peuvent aussi voir le jour lors d’une reprise d’activité. La reprise en scop après une liquidation ou un redressement judiciaire est toutefois très minoritaire, le plus souvent, la reprise intervient lors du départ en retraite du chef d’entreprise. Parmi les 198 sociétés coopératives créées en 2011, 11 % sont des transmissions d’entreprise viable, 11 % des transformations d’associations, et 5 % seulement des reprises d’entreprises en difficulté, selon la CG Scop.

Le taux de survie d’une scop est, au bout de trois ans, de 74 % selon la CG, contre 66 % pour la moyenne des entreprises. »

http://www.lepoint.fr/economie/goodyear-qu-est-ce-qu-une-scop-exactement-26-02-2013-1632698_28.php

Ces derniers temps, les décisions de fermer les entreprises amènent de plus en plus de salariés, avec l’appui de leurs syndicats, à réclamer et  à obtenir la transformation de leur entreprise en Scop.

J’avais parlé de quelques cas, comme Seafrance (ferries sur la Manche) et Fralib (thés Lipton).

Pour Seafrance, elle constitue depuis 2012 une Scop appelée MyFerryLink (près de 400 emplois). Le projet de Scop de Fralib (thés Lipton, infusions Eléphant), pour l’instant bloqué par les patrons d’Unilever, est toujours en discussion (et concerne 72 emplois).

D’autres entreprises ont achevé leur transformation en coopératives: Fontanille (textile), en Haute-Loire, depuis novembre 2012 (46 emplois), et Vibel (mobilier pour enfants), dans l’Yonne, depuis le 20 mars dernier (12 emplois). Pour financer la transformation, les salariés de Fontanille ont réuni 450.000 euros par des dons et par le versement de 60 % de leur prime de licenciement.

Actuellement deux autres projets sont discutés: celui de Goodyear à Amiens-Nord, et celui de Pilpa à Carcassonne.

Le ministre socialiste de gauche Benoît Hamon, veut doubler le nombre des Scop en cinq ans et faire passer une loi qui favorisera la création de Scop quand les patrons refusent de laisser fonctionner des entreprises rentables:

« – Un droit préférentiel lors d’une reprise au tribunal du commerce

Concrètement, Benoît Hamon veut promouvoir le modèle des Scop …. D’abord, dans le cadre d’une reprise de l’entreprise au tribunal de commerce à la suite d’un redressement judicaire. À offres égales, il propose d’instaurer un droit préférentiel à la reprise de l’entreprise par les salariés ; quand en face se présente un fonds spéculatif « dont les seuls objectifs sont les gains et les profits qu’il veut réaliser », explique le ministre. Il ajoute que les magistrats ont déjà été sensibilisés à ce sujet. Les Scop qui se sont créées dans ce cas de figure représentent aujourd’hui 8% des 2000 Scop françaises. »

http://www.latribune.fr/actualites/economie/france/20130123trib000744280/ce-que-va-faire-benoit-hamon-pour-les-scop.html

Les Scop, sans cesser d’être efficaces, sont des entreprises qui développent la solidarité et le rôle social de l’économie.

Voici comment s’exprime un responsable de la Scop Fontanille:

« Mais l’idée c’est aussi de travailler et de gagner sa vie différemment. Moi je dirais que les 46 qui se sont engagés ont mis de côté leur intérêt strictement personnel. Ils ont pensé à leurs familles et à leur emploi, mais d’abord à leurs copains, à leur boîte. On était au pied du mur, et certains sans diplôme auraient pu se retrouver dans de très grandes difficultés une fois sans emploi. On aurait pu se retrouver désocialisés. Et chacun a pensé aux autres. »

http://crise.blog.lemonde.fr/2012/11/24/scop-fontanille-on-reprend-possession-de-notre-usine/ (l’ensemble de cet article est très intéressant et mérite vraiment la lecture).

Elles pratiquent la démocratie. Elles sont un pas en avant dans la construction d’une société d’hommes libres. Elles réalisent une part importante du programme socialiste: partage du travail et de la propriété, égalité,  coopération, solidarité, démocratie, recherche de l’épanouissement humain.

Souhaitons qu’en Suisse l’intérêt pour ce type d’entreprise se développe, et que les syndicats et les institutions politiques s’y intéressent.

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image:  http://blog.scop.org/tag/lyon

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