Peuples autochtones et diversité humaine

Posted on 8 juin 2013

2


Les populations autochtones représentent quelque 300 millions de ressortissants des peuples indigènes, des Indiens d’Amérique aux Maoris de Nouvelle-Zélande, en passant par les Saamis de Scandinavie.

Les peuples autochtones doivent être efficacement défendus. En effet, ce qui est en jeu, c’est d’abord la démocratie. Les peuples qui veulent conserver leur héritage malgré les pressions exercées par les gouvernements nationaux, l’impérialisme étranger et les multinationales, ont le droit absolu de le faire. Tout groupe se considérant comme distinct a le droit de choisir, à travers une procédure démocratique, la façon dont il souhaite vivre et se développer. Et pour les Etats actuellement existants, il existe une responsabilité non seulement de respecter les choix des populations, mais encore de les rendre viables. A l’échelon international à travers l’ONU ou à l’intérieur de leurs frontières, les gouvernements doivent veiller à la viabilité économique des régions où vivent des peuples autochtones. Car on sait que des mesures politiques (autonomie) ou culturelles (enseignement, livres en langues indigènes) ne valent qu’appuyées sur des bases économiques. Sans agriculture, sans industrie ou autres activités permettant à un groupe conséquent de poursuivre la vie en commun, langues, coutumes et conceptions de la vie s’étiolent et disparaissent rapidement. L’indépendance diminuerait sans doute la responsabilité des nations à l’égard de leurs anciennes minorités, mais pas totalement notamment à cause du lourd passif historique qui existe fréquemment dans ces cas.

Mais ce qui est en jeu, c’est aussi la valeur irremplaçable de la diversité humaine, terriblement attaquée en ce temps de mondialisation uniformisante ou mieux, d’américanisation. La gauche autrefois a souvent souhaité l’adoption d’un seul modèle, moderne et industriel, censé apporter la justice et le bonheur à tous. Elle sait aujourd’hui que multiples sont les voies qui conduisent les diverses sociétés humaines à l’harmonie. Elle a aussi découvert la richesse de la diversité. Enfin, elle a pu trouver dans les traditions des peuples indigènes des éléments « socialistes » et « écologistes », bien plus proches de ses idéaux que le productivisme capitaliste.

Il y a enfin autre chose. D’une certaine manière, face à l’invasion du modèle néo-libéral, il n’est pas exagéré de dire qu’il y a de plus en plus d’autochtones. Tous ceux qui s’opposent au laminoir du capitalisme financier sont des « autochtones ».

Aujourd’hui, il faut partout résister au nom des particularités et de l’exception culturelle. Toutes les minorités, tous les peuples exploités se trouvent dans une situation proche de celle des autochtones: c’est assurément la généralisation d’un système économique, à tavers notamment l’OMC ou en Europe l’UE, qui détruit les cultures et les emplois en détruisant les modes de vie et les activités qui les soutiennent. Si les  autochtones doivent se battre pour leur autonomie, tous les groupes (d’ouvriers, de paysans, de fonctionnaires) du monde entier ont à se battre  pour déterminer, ou en tout cas contribuer à déterminer, leur destin à travers la démocratie sociale face aux marchés. Si les indigènes se battent pour obtenir les bases économiques de leur avenir, tous les groupes de citoyens ont à se battre pour conserver les moyens de vivre correctement « au pays » en poursuivant les buts qu’ils se sont fixés et non ceux des grands financiers ou des grandes structures à leur service. Lutter contre la déforestation en Amazonie, et lutter contre les délocalisations dans nos pays, c’est à coup sûr un seul et même combat.

Ainsi c’est animés de la conviction que le combat des peuples autochtones fait un avec le nôtre que nous pouvons être totalement solidaires avec eux. Solidaires dans une lutte contre le sacro-saint marché et le simplisme capitaliste, pour la démocratie au service de la précieuse complexité des hommes.

(Cet article se base sur un autre écrit il y a quelques années pour le Peuple valaisan)

 

Pour illustrer la lutte des peuples autochtones, je propose deux chansons amérindiennes.

La première est de Buffy Sainte-Marie.

Cette grande chanteuse et militante, appartenant à la tribu Cree, est née en 1941 dans le Saskatchewan, au Canada.

Elle est encore active aujourd’hui, après une longue carrière commencée dans les années 1960 à l’époque du renouveau folk. Souvent censurée et mise à l’écart pour son engagement, elle chanta aussi bien pour la cause amérindienne que pour la cause pacifiste (avec les magnifiques chansons Universal Soldier et Moratorium).

J’ai eu la chance de l’entendre lors d’un des premiers festivals de Nyon, qui à l’époque était tout simplement un festival folk.

Je donne un essai de traduction d’extraits de la chanson intitulée My country ’tis of  thy people you’re dying qui parle du destin des Amérindiens d’une manière très forte:

« … Vous nous forcez à envoyer nos petits enfants

Dans vos écoles où on leur apprend à mépriser leurs traditions.

Vous leur interdisez de parler leurs langues puis vous leur dites

Que l’histoire américaine a vraiment commencé

Quand l’équipage de Colomb s’est embarqué depuis l’Europe, puis vous insistez

Sur le fait que la nation de sangsues qui a conquis ce pays

Est la plus grande, la plus brave, la plus hardie et la meilleure.

Et encore où dans vos livres d’histoire trouve-t-on le récit

Du génocide qui accompagne la naissance de ce pays,

Des prédicateurs qui ont menti, de la façon dont la Déclaration des Droits a été oubliée… ?

Ecoute comment le marché fut conclu concernant l’Ouest:…

Des couvertures pour votre pays, les traités l’attestent,

Oh, bien, des couvertures pour un pays, c’est en effet un marché,

Et les couvertures étaient celles que l’Oncle Sam avait collectées

Auprès des soldats qui alors mouraient de la variole.

Et les tribus furent effacées et les livres d’histoire censurés,

Pendant cent ans vos dirigeants ont pensé que c’était mieux ainsi.

Et pourtant une poignée de ceux qui ont été conquis ont survécu comme ils pouvaient,

Leur sang coule plus rouge bien que leurs gènes aient pali.

Des cavernes du Grand Canyon à la peur des tristes collines

Les blessés, les perdants, les volés chantent leur histoire.

De Los Angeles jusque dans l’Etat de New-York

Les nations blanches grossissent alors que les autres deviennent maigres;

Oh les dupés et expulsés savent ce que je veux dire.

Et maintenant vous venez ici, un acte de vente dans les mains

Et la surprise dans les yeux que nous ne vous remerciions pas

Pour les bienfaits de la civilisation que vous nous avez apportée,

Les leçons que vous nous avez données, la ruine que vous nous avez préparée-

Oh regardez ce que notre foi en l’Amérique nous a apporté.

Maintenant que l’orgueil des ancêtres reçoit la charité,

Maintenant que nous sommes inoffensifs et en sécurité à l’abri des lois,

Maintenant que ma vie est à considérer comme votre « héritage »,

Maintenant que même les tombes ont été pillées,…

Les mains sur nos coeurs nous saluons votre victoire,

Nous nous étranglons sur votre hypocrisie bleue, blanche et écarlate

Prenant en pitié l’aveuglement qui ne vous a pas permis de voir

Que les aigles de la guerre dont les ailes vont ont apporté la gloire

N’avaient jamais été plus que des cris de corneille….

Ne pouvez-vous pas voir que vous profitez de leur pauvreté.

 

La deuxième est une chanson de Peter La Farge (1931-1965), un chanteur important de la vague folk trop tôt disparu, Drums, dans l’interprétation de Floyd Red Crow Westerman (1936-2007), un musicien et militant Sioux.

J’en traduis un court extrait:

« De la réserve indienne à l’école du gouvernement

Bon, ils vont m’éduquer selon la règle d’or de l’homme blanc

Et j’apprends très vite car j’ai appris à avoir honte

Et je viens quand ils appellent  « Billy », bien que j’aie reçu un nom indien

Et quand ils pensent qu’ils m’ont changé, qu’ils ont coupé mes cheveux selon leur volonté.

Vont-ils penser que je suis blanc ou indien,quarteron ou demi-sang ?

Laissez-moi vous dire, Monsieur le Professeur, quand vous dites que vous me corrigerez,

En 500 ans de combat PAS UN SEUL INDIEN N’EST DEVENU BLANC  ! »

Posted in: Articles