Valais: l’école et la police font bon ménage

Posted on 8 juin 2013

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Ainsi la nouvelle répartition des départements au sein du gouvernement valaisan associe l’enseignement et la police. Cette cohabitation n’est pas fréquente. La majorité des conseillers d’Etat a de la sorte accepté une organisation qui pourrait seulement être étrange, mais qui dans les circonstances présentes laisse songeur.

En effet Oskar Freysinger, nouveau chef du département de la formation et de la sécurité, est membre d’un parti sécuritaire et xénophobe, qui ne cache pas ses intentions et figure dans la liste des partis européens les plus nationalistes. Alors que va-t-on obtenir de la mise en parallèle de ces départements ? Une introduction progressive des méthodes pédagogiques dans les pratiques policières ? Très douteux. Ne serait-ce pas plutôt l’introduction de quelques zestes d’esprit autoritaire et policier dans l’enseignement ?

Le premier mois du mandat d’Oskar Freysinger pose en tout cas des questions. Les propos imprudents du nouveau magistrat sur la dénonciation des enfants de sans- papiers ont certes été rectifiés en termes clairs: « Il n’a pas existé, n’existe pas et n’existera pas d’intention ou de directive émanant de mes services interdisant aux enfants de sans-papiers d’être scolarisés ou demandant aux enseignants ou aux directions d’école valaisans de dénoncer les personnes résidant illégalement sur notre territoire. Le mandat des enseignants est d’enseigner et non pas de récolter des données privées de leurs élèves en se muant en investigateurs et délateurs » (lettre d’Oskar Freysinger aux enseignants du 27 mai 2013). D’autres passages de cette lettre sont en revanche moins rassurants quant à une extension des contrôles par d’autres que les enseignants: « Si l’Etat de Droit veut vraiment garantir le droit des enfants d’illégaux, il devra veiller à leur donner un statut juridique précis. Dans le cas de l’asile, il peut décréter une admission provisoire, un cas de rigueur, le statut de réfugié ou (souligné par nous) le renvoi. » La suite:  « D’être situés dans un cadre juridique reconnu permettrait à ces enfants d’être protégés, notamment en cas d’abus, de maladie ou d’accident grave » est bien belle, mais qu’en est-il de ceux qu’on a renvoyés ? Le dernier passage avant les salutations dit: « Vouloir les (= les personnes en situation illégale) maintenir dans l’illégalité en niant leur existence est indigne d’un Etat de Droit et ne représente pas une preuve d’humanité ». Ma question est de nouveau: les renvoyer constitue-t-il une preuve d’humanité ?

Quant au parti d’Oskar Freysinger son programme est limpide. Dans le domaine de l’enseignement, c’est la dureté,  qui doit « préparer nos enfants à se faire une place dans un monde où la compétition se fait toujours plus dure… » et cultiver la « performance », sans « un trop grand nombre d’étrangers mal intégrés » dans les classes ; c’est aussi le conservatisme qui justifie le maintien de la formation en mains cantonales et le rejet de programmes venus d’ailleurs et jugés « délétères ». Pour la sécurité et l’immigration, on connaît trop bien les chevaux de bataille de l’UDC, qui devraient être fatigués depuis le temps qu’ils courent mais sont décidément robustes, je ne citerai que deux points spécialement parlants: la lutte contre une  » montée de l’insécurité », due notamment à des « bandes de délinquants souvent d’origine étrangère », et les mesures plus qu’expéditives telles la « (r)évocation de l’asile (de la naturalisation, des autorisations de séjour ou d’établissement), puis refoulement hors de Suisse… » pour les étrangers qui s’opposent à des principes jugés nécessaires à la vie en commun, et « refus de l’asile (des autorisations de séjour et d’établissement, de la naturalisation) » pour les étrangers « qui refuse(nt) d’adhérer, par une déclaration écrite dont le respect devra être contrôlé » à ces principes.

Dans ces conditions, je veux bien « laisser travailler » Oskar Freysinger, comme le demande avec bienveillance Ariane Manfrino dans l’1dex du 31 mai dernier, mais je ne suis guère optimiste. Rapprocher l’enseignement et la police sous la houlette d’un adepte de la conception UDC du monde, c’est la voie ouverte à une entrée fort malvenue d’esprit sécuritaire, autoritaire et disciplinaire dans l’enseignement.

Terminons en citant  Charles Beer, responsable de la CDIP latine, qui récemment déclarait avec raison: « Je relève que M. Freysinger est aussi chargé de la Sécurité. Je demanderai des garanties pour que les fichiers scolaires en Valais ne soient pas transmis à la police » (Le Courrier, 28 mai 2013).

A ce sujet je recommande le post du 18 mai de Florian Chappot dans l’1dex:

http://1dex.ch/2013/05/18/de-linstruction-a-la-formation/

 

 

Et que ça marche, pour les étrangers et les Suisses !

Et que ça marche, pour les étrangers et les Suisses !

image: http://leherissonkipik.over-blog.com/article-education-nationale-erreur-sanction-100907918.html

 

 

 

 

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