La Grande Bellezza: un chef-d’oeuvre

Posted on 22 septembre 2013

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La Grande Bellezza est un film italo-français sorti cette année. Il a été réalisé par Paolo Sorrentino (né à Naples en 1970),  et le rôle principal est magistralement interprété par Toni Servillo, acteur chevronné qui a déjà remporté trois prix pour Une Vie Tranquille, pour Il Divo et pour Gomorra.

La Grande Bellezza est une grande réussite, mêlant la gravité, l’humour et l’étrangeté, un festival des traits les plus délicats et précieux de l’existence humaine.

Le décor fastueux est la beauté de Rome et l’on assiste à un dialogue permanent entre les contemporains et les monuments et statues de la Ville éternelle, dont la présence intemporelle à la fois protège et juge la confuse évolution des humains éphémères.

Le milieu est celui des mondains de tous âges, vides et plus ou moins pathétiques, intellectuels, comédiens, journalistes, artistes, amuseurs, bourgeois, aristocrates, qui passent leur nuit à s’agiter jusqu’à l’épuisement sur des rythmes techno et à faire semblant de s’extasier devant d’improbables happenings.

Le héros s’appelle Jep Gambardella; avec ce nom flamboyant, il s’estime le roi des mondains, il n’a écrit qu’un livre sur l' »appareil humain », autrefois, puis, par paresse, a laissé sa vie s’écouler en fêtes continuelles…

Mais dans ce chemin de néant, au coeur de l’extraordinaire et immémoriale beauté romaine, il a atteint un degré supérieur de connaissance de lui-même et des autres, et il traverse les jours d’une démarche élégante et légère, avec une sagesse désenchantée animée par la bonté.

C’est un grand plaisir de se trouver deux heures en compagnie de Jep, qu’il parle avec affection à sa domestique comme à une soeur, qu’il trouve une salle de théâtre pour un ami auteur sans succès qui veut encore y croire, qu’il ait recours à un ami des princesses pour nous guider dans une exploration nocturne des merveilles de leurs palais, qu’il visite avec indulgence un jardin dans lequel un homme présente une galerie de photos de chaque jour de sa vie, qu’il assiste à un tour de magie faisant disparaître une girafe, qu’il reçoive à sa table une effrayante sainte centenaire attirant puis chassant de grands oiseaux sur sa terrasse, qu’il expose ses inquiétudes à un vieux cardinal au visage ascétique dont le grand souci se révèle être les recettes de cuisine, et qu’il revienne sans cesse en rêvant à son amour de jeunesse dont il ne parvient pas à comprendre pourquoi il l’a gâché.

C’est avec un tact rare, tout en nous entraînant dans la poésie du monde, que ce film, on ne peut plus bouddhiste, montre combien les contraires peuvent se rejoindre, et combien pour un être au coeur pur, quelle qu’ait été la voie qu’il a suivie, le vide et le rien peuvent ouvrir à la compréhension profonde.

Si Fellini avait un extraordinaire sens du drôlatique et du merveilleux, il restait pudique sur les grandes questions de l’existence. Paolo Sorrentino, me semble-t-il, va plus loin que Fellini: aussi prestidigitateur que lui, il éclaire par instants avec force et justesse, et de la plus vive lumière, les mystères de cette vie vouée à la mort, où le futile et  le parfait sont souvent si proches…

La Grande Bellezza est assurément plus que l’évocation d’une société décadente: c’est un rare chef-d’oeuvre, aussi riche de plaisirs que d’enseignements !

th-8image: cine.search.ch

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