Rosa Balistreri, chanteuse sicilienne

Posted on 5 décembre 2013

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Rosa Balistreri est une grande chanteuse sicilienne.

Née en 1927 dans la province d’Agrigente, fille d’un pauvre menuisier, Rosa ne put aller à l’école. Elle eut une fille quand elle était très jeune, dut l’élever seule et pour cela faire toutes sortes de métier (vendeuse de câpres, servante chez des nobles, sacristaine), et fit même par deux fois de la prison . En 1951, elle quitte la Sicile pour la Toscane, où elle tint un moment un étal de fruits et légumes à Florence. C’est à 39 ans, quand elle est engagée pour jouer dans un spectacle mis en scène par Dario Fo, qu’elle commence sa carrière de chanteuse au service de la chanson traditionnelle de sa région d’origine. A la fin des années 1960, elle enregistre ses deux premiers albums et donne des concerts à Turin, Milan et Prato. Elle regagne la Sicile en 1971 où elle chantera jusqu’à sa mort à Palerme en 1990.

D’elle sont parus 19 albums, dont La voce della Sicilia, La cantatrice del Sud, Terra che non senti.

La force, la sincérité et souvent l’intensité dramatique caractérisent cette extraordinaire chanteuse, véritable porte-voix de la souffrance de son peuple.

Voici ce qu’elle disait de son travail:

« On peut faire de la politique et protester de mille façons, moi je chante. Mais je ne suis pas une chanteuse… je suis différente, disons que je suis une activiste qui fait des meetings avec la guitare. »

Et encore, parlant d’elle-même:

« J’ai appris à lire à 32 ans. Depuis l’âge de seize ans je vis seule. J’ai fait beaucoup de métiers fatigants pour donner à manger à ma fille. Je connais le monde et ses injustices mieux que n’importe quel diplômé. Et je suis certaine qu’un jour ou l’autre les pauvres, les sans défense, les gens honnêtes auront aussi un peu de paix sur la terre. »

Elle disait aussi, après avoir été écartée du festival de Sanremo, ce qui fit beaucoup de bruit:

« Mes histoires de misère feront mal  à beaucoup de gros bonnets le jour  où l’opinion publique sera plus sensible à des arguments comme la faim, le chômage, les filles mères, l’émigration, le racisme des classes bourgeoises… Jusqu’à présent j’ai chanté sur les places, dans les théâtres, dans les universités, mais toujours pour quelques milliers de personnes. Maintenant j’ai décidé de crier mes protestations, mes accusations, la douleur de ma terre, des pauvres qui l’habitent, de ceux qui l’abandonnent, des camarades ouvriers, des journaliers, des chômeurs, des femmes siciliennes qui vivent comme des bêtes. C’était cela mon but quand j’ai accepté de chanter à Sanremo. Même si personne ne m’a vue à la télévision, tous les Italiens qui lisent les journaux savent qui je suis, … tous connaissent mes idées, quelques-uns achèteront mes disques, d’autres viendront à mes concerts et je suis sûre qu’ils réfléchiront sur ce que je chante. »

Extraordinaire manière de s’exprimer !

Ces extraits ont été traduits de:

http://www.enciclopediadelledonne.it/?azione=pagina&id=430

Et voici deux chansons, Mirrina (1972), avec une très belle vidéo, et Addiu bedda Sicilia, en concert:

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