Dieudonné plus antisémite qu’humoriste

Posted on 18 janvier 2014

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Encore un commentaire sur Dieudonné, alors qu’il vaudrait peut-être mieux ne pas en parler !

C’est vrai, et après ces quelques lignes, j’espère bien que je saurai me taire.

Il est pourtant important de faire une fois quelques réflexions sur ce personnage, qui se paie quand même aujourd’hui une grande célébrité (certaines de ses vidéos ont été visitées 2,5 millions de fois sur You Tube- voir Politis, 9 janvier 2014), au point qu’il peut sembler dérisoire d’essayer de le contrer. Le succès qu’il récolte en dit long sur notre société qui s’enlise. Sincère ou pas, il semble en tout cas avoir trouvé un filon et son commerce a l’air de bien marcher (voir Le Temps, 7 janvier 2014, Comment Dieudonné gère son entreprise).

Il fait renaître l’antisémitisme conspirationniste (le monde livré à la soif de domination des Juifs) à l’intention de trois publics distincts, comme le rappelle  Michel   Wieviorka dans une interview parue dans le Temps du 10 janvier 2014: d’abord la vieille garde nationaliste qui partage encore l’antisémitisme traditionnel de l’extrême-droite et soutient les négationnistes, ensuite un auditoire issu de l’immigration qui se souvient des souffrances nées du colonialisme qui n’ont pas été assez reconnues (alors que les souffrances des Juifs sont officiellement reconnues), enfin un groupe constitué de rebelles en colère contre le système actuel et qui, en l’absence d’alternative, se retrouve dans l’agressivité et les railleries  de l’humoriste (et dans sa fameuse quenelle, terme dont je n’ai pas trouvé l’étymologie, mais qui porte bien mal son nom quand on apprécie la quenelle de brochet).

Ce qui semble plaire à beaucoup, c’est la soi-disant liberté de ton, la soi-disant dissidence, la soi-disant indépendance face au politiquement correct d’un humoriste, sans doute talentueux, mais qui a justement depuis un certain temps renoncé à l’humour. Dieudonné prétend critiquer un establishment juif antipopulaire soutenu par le gouvernement, lutter pour la cause des anciens colonisés et défendre les Palestiniens contre Israël. Derrière tout cela pourtant, on ne trouve qu’un massif et obsessionnel sentiment antisémite, qui se traduit par la mise en accusation permanente du bouc émissaire juif et le mépris à l’égard de ses souffrances passées. Si Dieudonné vise autre chose que le succès et ce qu’il rapporte, que peut-il avoir subi émotionnellement de la part de Juifs pour distiller une aussi violente rancoeur ? Quand on prétend s’intéresser à la souffrance de certains opprimés, il semble que la meilleure façon de le faire n’est pas d’insulter la souffrance d’autres opprimés (il n’y pas de vase communiquant dans ce domaine). Cela, Dieudonné et les antisémites ne le comprennent bien sûr pas. Sans l’ombre d’un doute, ses propos insultants et d’une absolue méchanceté ne sont pas drôles et sont de véritables incitations à la haine raciale. Il n’est pas exclu que ces mauvaises blagues grasses débouchent finalement sur de la violence contre ceux qu’on accuse de tous les maux.

Il faut donc faire quelque chose à l’égard de Dieudonné. Pourtant comme le dit la revue Politis du 9 janvier 2014, « (E)n optant pour l’interdiction (des spectacles), Manuel Valls choisit la manière forte- et la démagogie- mais prend la mauvaise décision ». En effet cela fait de la publicité à l’humoriste et renforce son image de contestataire et de victime du système. Le même texte de Politis suggère: « Plutôt qu’interdire, il aurait aussi sans doute suffi de continuer à appliquer la loi. De condamner au cas par cas les propos racistes, sexistes et homophobes …de Dieudonné. D’attaquer au porte-monnaie ceux qui ont fait de la haine un business rentable ».

Il me semble que pour disqualifier le soi-disant humour de Dieudonné et de réduire son influence culturelle, un bon outil serait d’utiliser intensivement contre lui le rire qu’il utilise contre les autres. Nicolas Bedos en donne un exemple qui me paraît cependant insatisfaisant, car il adopte à l’égard des partisans de Dieudonné le style méprisant que ce dernier emploie à l’égard des Juifs; il y a pourtant de très bons moments dans son monologue malgré une tonalité bobo (« nous sommes intelligents et vous êtes bêtes ») pouvant confirmer les amis de Dieudonné dans leurs sentiments (malgré ses défauts, voir la vidéo de Nicolas Bedos: http://www.youtube.com/watch?v=kTAc4G5LHrM).

Un humour plus aimable et plus léger serait assurément meilleur, dans le style de ce bon mot de Diogène le Cynique qui savait à merveille démasquer le mauvais goût, la vanité et l’imposture: « Voyant un archer malhabile. il s’assit tout à côté du but, afin, dit-il, d’être sûr de ne rien recevoir ». Comment ne pas ironiser sur le fait que Dieudonné prétende défendre les Noirs et les Nord-Africains en s’intégrant de fait dans le courant politique nationaliste le plus xénophobe qui veut renvoyer les étrangers chez eux ? Et comment ne pas se moquer doucement de cet avocat des crimes nazis qui se permet de pontifier et de faire la morale au gouvernement français comme s’il était le porte-parole d’un  peuple qui l’aurait investi d’une mission?

Dans Politis du 16 janvier 2014, à  la question de savoir comment il faudrait répondre à Dieudonné, l’humoriste Christophe Alévêque répond: « il faut répondre par l’éducation, la philosophie, par l’humour et la pédagogie. Je suis là pour éreinter les pouvoirs, quels qu’ils soient, et faire la chasse à la connerie. Or, ce que dit Dieudonné depuis des années relève de la connerie. Il faut donc répondre par un discours de tolérance et d’intelligence ».

Lassé de tant de hargne inutile et insensée, on ne peut que dire à Dieudonné de tourner le disque. A qui rend-il service en laissant croire que des gags douteux sont libérateurs ? Face à l’injustice, on ne cherche pas un bouc émissaire sur lequel se défouler: les années 1930 ont assez montré que l’antisémitisme (alors qu’Hitler était l’ami des grands patrons) était un excellent moyen de détourner les défavorisés de la recherche des causes économiques de leurs problèmes et de la défense de leurs intérêts !  Si Dieudonné est encore un humoriste, s’il veut vraiment défendre les Noirs et les Palestiniens, qu’il fasse de nouveau rire d’un rire généreux qui libère et donne du courage. Il ricane et fait ricaner, mais ricaner ne sert à personne et ne fait qu’étaler les ressentiments du petit esprit qui sommeille en chacun et que le rire devrait  justement transformer.

Je renvoie à une prise de position d’un vrai humoriste, Gad Elmaleh, qui me semble très pertinente:

Je parlerai prochainement de M. de Soral, le comparse intellectuel de Dieudonné.

Qui est drôle, Dieudonné ou Diogène ?

Dieudonné; "Entre Hitler et les juifs, je ne sais pas qui a commencé... Mais j'ai ma petite idée." (Politis, 9 janvier 2014)

Dieudonné; « Entre Hitler et les juifs, je ne sais pas qui a commencé… Mais j’ai ma petite idée. » (Politis, 9 janvier 2014)

image Dieudonné:

 Source: Réseau Voltaire
Diogène le Cynique: "Un méchant eunuque écrivait sur sa maison: "Qu'aucun méchant n'entre ici !" "Mais, demanda Diogène, le maître de maison, par où entrera-t-il ?"

Diogène le Cynique: « Un méchant eunuque écrivait sur sa maison: « Qu’aucun méchant n’entre ici ! » « Mais, demanda Diogène, le maître de maison, par où entrera-t-il ? »

image Diogène:

 Auteur: Tony f
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