House Carpenter, une belle chanson traditionnelle

Posted on 1 février 2014

1


Je veux présenter aujourd’hui une chanson traditionnelle dont j’ai depuis très longtemps aimé la mélodie, avant d’en connaître les paroles.

C’est une ballade d’origine écossaise, très souvent reprise dans tout le monde anglo-saxon, sous divers titres (The Daemon Lover, James Harris, James Herries, The House Carpenter).

Le canevas de l’histoire est toujours le même. Un homme, après un long voyage, revient vers celle qu’il aimait, mais qui entre temps a épousé un charpentier et a eu de lui un enfant. L’homme lui demande de partir en mer avec lui. Il vainc ses hésitations en lui promettant richesse et pouvoir. La jeune femme abandonne alors son mari et son enfant. Au bout d’un certain temps elle se met à regretter sa décision et à pleurer sur l’enfant. Mais bientôt, survient une tempête et le navire coule emmenant la jeune épouse dans la mort.

Une version assimile le voyageur au Diable, et effectivement, face à la promesse qu’il fait des richesses et du pouvoir, on pense au Diable tentant le Christ:

« Le diable le transporta encore sur une montagne très élevée, lui montra tous les royaumes du monde et leur gloire, et lui dit : Je te donnerai toutes ces choses, si tu te prosternes et m’adores. » (Mathieu 1, 8-9, http://fr.wikisource.org/wiki/Évangile_selon_Matthieu#Matthieu_4).

La morale de la chanson rappelle aussi le lien qui nous attache immanquablement à nos actes passés, ce qu’exprime bien cette citation du Dhammapada bouddhiste:

« Si avec un mental impur, quelqu’un parle ou agit, alors la douleur le suit comme la roue suit le sabot du bœuf. » (I, 1) (http://www.dhammatalks.net/French/Narada_Mahathera Dhammapada.pdf)

En tout cas le thème, tragique, reflète la sagesse populaire, qui condamne sans ménagement ceux qui de manière inconsidérée méprisent et les sentiments et le devoir en faveur de l’argent et  du pouvoir. La vieille chanson populaire est sans pitié pour celle qui a abandonné son enfant, et l’on est touché par le caractère terrible de la punition (la version faisant intervenir le Diable évoque l’Enfer, car après avoir vu du navire une brillante colline qui ne lui est pas destinée, elle voit la noire colline de l’Enfer où elle va aller).

Belle, triste, terrible chanson dans laquelle on voit que l’esprit populaire veut effrayer celles et ceux qui par la richesse et le pouvoir veulent se hisser au-dessus de leur condition, alors que notre société a fait une vertu de la soif  d’enrichissement !

Je donne ici une traduction d’une des versions:

Le Charpentier

« Quelle belle rencontre mon cher amour »

« Quelle belle rencontre » a-t-il crié

Je reviens de la mer salée

C’est pour toi que je suis rentré

 

J’aurais pu épouser la fille chérie du roi

Et elle m’aurait épousé

Mais j’ai refusé ses couronnes d’or

Et c’est pour toi seule que je l’ai fait

 

Tu aurais pu épouser la fille chérie du roi

Je suis sûr que tu vas te fâcher

Car je suis mariée à un charpentier

Jeune homme de grande beauté

 

« Vas-tu laisser ton charpentier

Pour m’accompagner ?

Je t’emmènerai où pousse l’herbe verte

Sur les bords de la mer salée »

 

« Si je laisse mon charpentier

Pour t’accompagner

Que feras-tu pour satisfaire mes besoins

Et m’épargner la pauvreté  ? »

 

« Six navires, six navires sont sur la mer

Et sur terre sept autres navires

Et cent dix valeureux marins

Qui ne feront que t’obéir »

 

Elle souleva son petit bébé

L’embrassa une deux trois fois

Lui disant  » tu restes ici avec le charpentier

Et compagnie tu lui tiendras »

 

Elle s’habilla de beaux atours

Si prestigieux à regarder

Et quand elle allait chevauchant

Comme l’or scintillant elle brillait

 

Ils n’étaient pas loin deux semaines

Deux semaines ou peut-être trois

Que la dame se mit à pleurer

Très amèrement elle pleura

 

« Dis-moi pourquoi tu pleures ainsi ?

Pleures-tu pour l’or que tu avais ?

Je  pleure pour mon doux bébé

Que je ne verrai plus jamais

 

Ils n’étaient pas trois semaines en mer

Trois semaines ou une de plus

Que le navire se remplit d’eau

Et coula on ne l’a plus revu

 

Une fois sur lui-même tourna le navire

Sur lui-même il tourna de nouveau

Trois fois sur lui-même tourna le navire

Puis il sombra au fond de l’eau

 

« Adieu, adieu mon grand amour »

« Adieu, adieu » a-t-elle crié

« J’ai laissé mon charpentier

Et au fond de la mer je mourrai »

 

Une trentaine d’interprétations existent de cette chanson venant des deux côtés de l’Atlantique (notamment d’Ewan MacColl, de The Pentangle, de Clarence Ashley, de Pete Seeger, de Jean Ritchie, de Bob Dylan, de Dave Van Ronk, de Buffy Sainte-Marie, de Natalie Merchant, …). Je donne ici trois belles versions américaines, celle de Joan Baez, celle de Doc Watson et celle de Dave Van Ronk:

 

 

 

La prochaine fois: un hommage au grand Pete Seeger qui vient de nous quitter.

Posted in: Articles