Ukraine: les intérêts du peuple sont oubliés

Posted on 5 mars 2014

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La situation en Ukraine appelle à être solidaire avec le peuple ukrainien, souvent absent des événements des derniers mois…

Je ne vis pas dans ce pays complexe et ne connais pas les circonstances de la vie quotidienne et les problèmes vécus par la population. Ma position ne peut que rester prudente.

Je sais pourtant par les journaux que le pays subit depuis des années les exactions d’une série de gouvernements dirigés par des notables, anciens apparatchiks, dont le seul but est de s’enrichir, et qui s’appuient sur des partis sans souci de l’intérêt général. L’extrême-droite s’est aussi montrée de plus en plus virulente ces derniers temps appelant à un durcissement du nationalisme anti-russe apte à entraîner une division du pays entre l’Ouest parlant ukrainien et l’Est parlant russe. L’Ouest du pays, en conformité avec son histoire, souhaite un rapprochement avec l’UE, alors que l’Est se sent toujours lié à la Russie.

Les événements récents ont suivi le gel (novembre 2013) par l’ex-président Yanoukovitch du rapprochement (par un accord d’association et de libre-échange) avec l’UE au profit de la Russie. Les manifestations continuelles contre ce président pourtant élu au suffrage universel (avec un résultat jugé « honnête » par l’OSCE) avaient semble-t-il surtout pour but de réclamer le départ de politiciens malhonnêtes, mais elles en appelaient aussi au soutien de l’Occident. Ce dernier ne s’est pas privé d’intervenir: les sénateurs américains McCain et Murphy se rendent sur place, parlent aux manifestants et rencontrent des opposants comme le leader du parti d’extrême-droite Svoboda (qui se réclame de la collaboration avec les nazis durant la Deuxième Guerre mondiale). On peut aussi mentionner le soutien marqué du gouvernement allemand et de l’UE au parti d’opposition Oudar. Il faut aussi rappeler durant les années 2000 la rémunération de milliers de « démocrates » par des fondations américaines comme la fondation Soros (voir Gauchebdo 1er février 2014).

Le dénouement rapide de la crise après un épisode extrêmement violent le 20 février 2014 (mort de 75 manifestants; il faut noter qu’au 19 février, sur 25 morts, il fallait compter 9 policiers), a amené le remplacement et la fuite du président, sans respect pour les accords signés entre le gouvernement et l’opposition. Un nouveau gouvernement pro-européen a été constitué qui, sur 19 ministres, en compte 4 appartenant au parti d’extrême-droite Svoboda (dont le vice-premier ministre et  le ministre de la Défense). Sur ce, la Russie a clairement annoncé, semble-t-il avec raison, son intention de défendre ses intérêts en Crimée, un territoire russe jusqu’aux années 1950 majoritairement peuplé de Russes et où stationne la flotte russe de la Mer Noire.

Il est piquant d’entendre ces jours l’UE et les Etats-Unis en appeler aux grands principes de démocratie et de morale pour contrer la Russie: quand les Etats-Unis disent que la Russie « (se) comport(e) comme au XIXème sièclee, en envahissant un autre pays sous un prétexte complètement fallacieux » (Nouvelliste, 4 mars 2014), il est évident que les Etats-Unis ont occupé l’Irak seulement pour de bons motifs ! Et il est aussi évident que jamais les Etats-Unis ne sont intervenus pour défendre leurs intérêts en Amérique latine et qu’ils acceptent sans sourciller qu’on ferme leurs bases et qu’on les expulse des pays où ils sont installés !

Quelles que soient les fautes de l’ex-président Yanoukovitch, on doit constater qu’il a été renversé par un coup de force. Et l’on voit le deux poids-deux mesures des jugements occidentaux: que dirait-on dans nos chancelleries si le peuple grec occupait massivement le centre d’Athènes jusqu’à la destitution du gouvernement pro-FMI  légalement constitué et son remplacement par Alexis Tsipras du parti de gauche Syriza ? Gageons que l’enthousiasme pour le mouvement démocratique passant par-dessus les lois pour écarter les affameurs serait un tantinet moins grand…

Deux choses sont certaines:

– L’UE et les Etats-Unis veulent entraîner l’Ukraine dans le giron occidental et dans le système néolibéral, par rapport auquel la Russie a encore des réticences. Que l’Ukraine passe du contrôle russe à un contrôle américano-européen et que des dirigeants au service des oligarques nationaux soient remplacés par des dirigeants au service des multinationales n’est sans doute pas la meilleure issue.

– En cas de rapprochement avec l’UE, l’Ukraine n’aurait sans doute rien de bon à attendre des pays occidentaux qui, la Grèce et le Portugal le montrent bien, ne conçoivent l’aide que sous forme de plans d’austérité pour lutter contre la dette, et s’intéressent aux pays pauvres surtout pour profiter de leurs ressources et de leur main-d’oeuvre bon marché.

Il faut donc être solidaire avec le peuple ukrainien, de l’Ouest et de l’Est, et avec ceux qui travaillent sans projet néolibéral ni nationalisme extrême. En espérant que la situation pour toutes et tous les habitant-e-s du pays, particulièrement les plus défavorisé-e-s, s’améliorera le plus rapidement possible sous la direction d’un gouvernement honnête et, d’où qu’elle vienne, avec une aide efficace pour un développement équilibré de l’économie nationale. C’est au peuple ukrainien de se prononcer, mais pourquoi cette aide ne pourrait-elle pas venir aussi de Russie (ceci dit sans aucune sympathie pour l’autoritarisme nationaliste de Poutine) au lieu qu’elle repose seulement sur une série de mesures destructrices pour la population, condition d’une accession aux « lendemains qui chantent » du paradis capitaliste néolibéral ?

 

Pour une victoire du peuple ukrainien, non de l'austérité néolibérale

Pour une victoire du peuple ukrainien, non de l’austérité néolibérale

image: http://www.thesaint-online.com Wiki Commons

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