Les Atelières (ex-Lejaby), une entreprise coopérative à défendre

Posted on 18 mars 2014

0


Actuellement, la coopérative Les Atelières, issue de l’entreprise Lejaby, lutte pour sa survie.

Avant de parler de cette coopérative, je voudrais rappeler quelques éléments importants de l’histoire de l’entreprise Lejaby qui illustre bien le passage du capitalisme national au capitalisme international mondialisé, avec toutes les conséquences qu’il entraîne.

L’entreprise Lejaby est née en 1930 à Bellegarde-sur-Valserine, dans l’Ain. Elle a été fondée par Gabrielle Vannay, aidée par son beau-frère l’homme d’affaires Maurice Blanchard, et fabriquait des soutiens-gorge. Nommée à l’origine La Gaby, l’entreprise a pris ensuite le nom de Lejaby.

Lejaby a eu un grand succès, et à la mort de la fondatrice, elle est rachetée par les frères Bugnon qui la développe et la font connaître dans toute l’Europe. Ils rachètent aussi les entreprises Rasurel, Well et Stemm.

Vers 1990, Lejaby emploie 1200 employés sur 8 sites. La première délocalisation a lieu en 1992 et va ensuite se poursuivre. D’autre part dans les années 1990, l’entreprise est rachetée par le groupe américain Warnaco; il reste environ 1000 salariés. En 2003, trois usines ferment et seule 40 % de la production reste en France. En 2007 l’entreprise va être vendue au groupe autrichien Palmers Textil AG. En 2010, 30 % de la production vient encore de France, mais un plan social est prévu alors qu’une délocalisation accrue ne va maintenir en France que 7 à 10 % de la production.

En 2010, les salariés occupent les locaux, font grève et rçoivent la visite d’hommes politiques. Fin 2011, l’entreprise en manque de trésorerie est mise en redressement judiciaire, puis quelque temps après en liquidation judiciaire.

En 2012, l’entreprise est acquise pour 1 euro par un consortium mené par Alain Prost sur le seul site de Rillieux-la-Pape. Seuls 195 employés gardent leur emploi et l’entreprise s’appelle désormais La Maison Lejaby. Les autres sites connaissent des destins divers. Le site historique de Bellegarde-sur-Valserine a fermé en 2010, mais d’autres sites ont poursuivi leur activité. Ainsi, chose intéressante, le site de  Bourg-en-Bresse a été acheté par la commune et loué à la nouvelle marque de lingerie Monette, et le site d’Yssingeaux a été repris par un maroquinier qui formera les employés pour ce nouveau métier.

Enfin, autour d’anciens salariés de Lejaby, la coopérative Les Atelières a été fondée en 2012 à Villeurbanne.

Source: http://fr.wikipedia.org/wiki/Maison_Lejaby

C’est un bel élan, suscité par Muriel Pernin, initiatrice de la coopérative, qui a permis sa concrétisation:

« Avant de se lancer dans cette nouvelle aventure, elle s’était déjà battue pour recueillir 85 000 euros de dons – des chèques de 10 euros – et 215 000 euros d’actionnaires particuliers, qui avaient apporté entre 5 000 et 20 000 euros, nécessaires au démarrage de l’entreprise. Elle avait aussi trouvé des appuis financiers publics auprès de la région Rhône-Alpes et de la Caisse des dépôts. » (source: http://www.lemonde.fr/economie/article/2013/11/14/les-atelieres-en-quete-d-argent_3514040_3234.html)

Fondée par neuf coopérateurs, l’entreprise emploie 30 salariés, des couturières et couturiers spécialistes des produits  de bonnetterie haut de gamme. Elle a notamment pour client La Maison Lejaby.

Muriel Pernin explique les problèmes rencontrés:

« Muriel Pernin pensait avoir du mal à trouver des couturières, des stylistes, modélistes, coupeuses, brodeuses ou responsables qualité. Elle a d’ailleurs imaginé et réalisé une formation spécifique qui permettra à toutes les couturières de l’atelier d’acquérir un certificat de qualification professionnelle.

Mais les difficultés sont venues d’ailleurs. « A leur époque de gloire, les ateliers de lingerie corseterie n’engageaient une production qu’à partir de 15 000 pièces. Tous les logiciels et les process sont étalonnés sur les données de cet âge d’or pourtant révolu ». Les ateliers ont fermé avec les délocalisations massives en Asie et au Maghreb.

Sa principale difficulté aujourd’hui consiste à prendre en charge des petites commandes – entre 500 et 1000 pièces, elles-mêmes fragmentées en une vingtaine de tailles et de profondeurs de bonnets. C’est pour résoudre cette équation que les Atelières ont conclu un partenariat avec l’ école d’ingénieurs INSA de Villeurbanne, qui possède un important laboratoire de génie productique. »  (même source)

C’est un autre esprit qui règne dans la coopérative que dans une entreprise capitaliste. Nicole Mendez, une autre fondatrice de la coopérative (et qui est aussi déléguée syndicale CFDT de La Maison Lejaby), explique: dans la coopérative, « l’idée est que les salariées doivent pouvoir participer à la vie de leur entreprise. On veut du savoir-faire et du savoir-vivre ensemble dans un atelier. C’est un autre état d’esprit que celui qui règne dans le secteur de l’habillement, Avec le monoposte, nous étions des robots derrière nos machines: on ne savait pas ce que la collègue faisait en amont ni ce qui était fait en aval. Nous, on veut être polyvalentes. C’est la connaissance du montage, du métier de bout en bout, qu’on enseigne aux Atelières. » (Thierry Brun, Un projet cousu main, dans Politis, 13 au 19 mars 2014). Voici aussi comment l’on procède dans la coopérative: « La participation, c’est le maître-mot   du management. Chaque salarié contribue chaque jour à l’amélioration de l’atelier. Une à deux fois par mois, des réunions de groupe permettent de prendre des décisions collectives pour faire progresser la qualité et la rapidité. » (source: http://www.lesatelieres.fr/wp-content/uploads/2014/03/notre-histoire8.jpg)

Or ce beau succès économique, démocratique et social, est maintenant mis en péril par le besoin de financement. Malgré le soutien du préfet du Rhône et du président de la région, les banques, privées comme la publique Bpifrance destinée à développer les PME, refusent de prêter à la coopérative en invoquant le fait que l’entreprise a consommé ses fonds propres. Quant aux banques de l’économie sociale et solidaire, elles ont peu de moyens et ne proposent que des crédits limités. Muriel Pernin affirme avec pertinence: « On nous demande de réussir en un an ce qu’un mouvement de délocalisation a détruit en trente ans ! » (Politis, numéro cité).

Après un début de mois sombre où l’on était à deux doigts de tout arrêter en demandant la liquidation, une souscription a été lancée, et le 13 mars , une bonne nouvelle pouvait être annoncée:

« Un bon début. Une semaine après avoir lancé une nouvelle souscription publique pour le refinancement des Atelières, une coopérative basée à Villeurbanne composée notamment d’ex-ouvrières du groupe de lingerie Lejaby, en grandes difficultés financières, sa présidente, Muriel Pernin, a annoncé jeudi avoir récolté près de 40 000 euros.

« Il y a une dynamique amorcée extrêmement positive, elle doit se confirmer dans les jours prochains jusqu’à l’assemblée générale du 21 mars », a-t-elle expliqué ce jeudi sur RTL. Une souscription publique similaire avait été lancée en juin 2012, et avait permis de récolter 250 000 euros. Cette fois, Les Atelières espèrent rassembler entre 100 000 et 150 000 euros. » (source: http://www.metronews.fr/lyon/les-atelieres-a-villeurbanne-ex-lejaby-40-000-euros-recoltes-grace-a-la-souscription-publique/mncm!6LGdoboWzGY7c/

Voilà comment sont compliquées les affaires de bon-ne-s professionnel-le-s dans notre société, alors que l’Etat devrait garantir le financement des entreprises, protéger raisonnablement la production nationale contre la concurrence déloyale des pays à bas salaires et rendre les délocalisations problématiques. Et spécialement dans le textile, qui serait un secteur qu’avec un minimum de volonté politique, on pourrait relocaliser dans nos pays. Mais l’Etat, en Europe, tout acquis aux libertés chères aux multinationales (et à l’UE), se fait beaucoup prier pour agir !

Pour aider Les Atelières comme elles le méritent, et participer à la souscription(contributions de 10 euros ou titre(s) participatif(s) à 100 euros chacun) consulter le site:

http://www.lesatelieres.fr/nous-aider

ou les contacter:

Les Atelières, 2-4, petite rue de la Rize, 69100 Villeurbanne, 04 26 78 32 80

info@lesatelieres.fr

http://www.facebook.com/Lesatelieres

Pour des informations récentes sur l’heureuse évolution de la coopérative en 2014 et la mise en vente de sa première collection de lingerie: http://culturebox.francetvinfo.fr/tendances/mode/les-atelieres-ex-lejaby-mettent-en-vente-leur-premiere-collection-de-lingerie-202964

soutiens
Le travail aux Atelières

Le travail aux Atelières

image: http://www.google.com/search?q=images+wiki+commons+atelières+lejaby&biw…

Je renvoie au post dans lequel j’ai dû me faire l’écho de la malheureuse cessation d’activité de cette coopérative (nulle entreprise, les coopératives pas plus que les autres, n’est à l’abri des difficultés financières):

https://lib54.wordpress.com/2015/03/09/les-atelieres-ont-cesse-leur-activite-2/

Posted in: Articles