Phil Ochs (1940-1976), un grand nom du folk trop tôt disparu

Posted on 16 avril 2014

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Phil Ochs est l’un des plus grands chanteurs folk des années 1960-1970.

Il naquit à El Paso, au Texas, en 1940, dans une famille de classe moyenne. Dans sa jeunesse, il se consacre à la clarinette. Il écoute du rock et de la country et aime le cinéma. Il fréquente un temps l’Université de l’Ohio, et commence à s’intéresser à la politique lors de la révolution cubaine de 1959. Il découvre bientôt la musique folk, notamment Pete Seeger et Woody Guthrie. Il apprend la guitare et écrit des articles politiques, lançant son propre journal. Liant musique et politique, il se met à composer des chansons engagées. Un temps il participe à un duo appelé « The Singing Socialists ». En solo, il donne des concerts à Cleveland. Il fait la rencontre du chanteur Bob Gibson qui aura sur lui une grande influence. Puis il quitte l’Université et devient chanteur folk.

En 1962, il arrive à New York où il chante bientôt dans le haut lieu du folk qu’est Greenwich Village. Il écrit des « chansons d’actualité » (topical songs). Il participe au festival de Newport, chante au Carnegie Hall. Il écrit des articles et des chansons pour le magazine Broadside. Il enregistre trois disques, s’accompagnant de sa seule guitare et chantant des chansons politiques.
Quatre autres disques sortent entre 1967 et 1970. Il essaie de mêler le folk et la pop avec des arrangements plus complexes. Il s’engage fortement contre la guerre du Viêt Nam. Il prend part à la création du Youth International Party avec Jerry Rubin et soutient la candidature pacifiste d’Eugene Mc Carthy pour l’élection de 1968. Il est profondément touché par les événements de 1968 (mort de Martin Luther King et Robert Kennedy, élection de Richard Nixon).

Dès 1970, pour s’adresser à un public plus large que les milieux intellectuels progressistes, il s’oriente vers la country et le rock and roll, voulant être « moitié Elvis Presley et moitié Che Guevara ». Il continue de s’engager même s’il est de plus en plus désillusionné et souffre de problèmes de drogue, d’alcool et de dépression. En 1971, il se rend au Chili et devient un ami du chanteur Victor Jara qui sera assassiné par le régime de Pinochet. En 1972, il soutient le candidat pacifiste de gauche George McGovern. Il voyage beaucoup (Australie, Nouvelle-Zélande, Afrique). Un terrible incident survient en Tanzanie: il est étranglé par des voleurs et ses cordes vocales en restent endommagées. Suite à cet événement, sa santé mentale se dégrade. En 1972-1973, il écrit quelques nouvelles chansons.

En 1974, après le coup d’Etat au Chili, il organise un concert, auquel participent Pete Seeger et Bob Dylan, pour venir en aide aux victimes de la répression. Il organisera aussi un grand concert à l’occasion de la fin de la guerre du Viêt Nam. Mais son état mental est de plus en plus précaire. Il souffre de trouble de l’identité. Il vit même dans la rue. Il va habiter chez sa soeur, et met fin à ses jours en 1976.

Il a fait paraître 8 albums de son vivant et 16 sont sortis après sa mort.
Parmi ses chansons les plus connues, on peut citer I Ain’t Marching Anymore, Power and the Glory et War Is Over.

Source: http://fr.wikipedia.org/wiki/Phil_Ochs

C’est un destin tragique que celui de Phil Ochs. Ses talents de parolier, de musicien et de chanteur étaient grands. Son intérêt pour l’amélioration du monde ne s’est jamais tari. Mais sa riche personnalité était fragile et il dut affronter de grandes souffrances psychologiques qui finirent par le submerger.

 
Comme illustrations musicales, je propose deux chansons écrites par Phil Ochs. La première, The Ballad of William Worthy (tirée de l’album All the News That’s Fit to Sing (1964)), parle d’un journaliste qui avait eu de gros ennuis pour avoir visité la Chine et Cuba après la révolution castriste. C’est un hommage à ceux qui résistent au gouvernement du grand pays qu’avec ironie Phil Ochs dépeint comme celui qui défend la liberté en la supprimant (aujourd’hui on pense à Edward Snowden aux prises avec ce pays qui veut sauver notre liberté en nous espionnant). J’ai essayé d’en traduire certains passages:

« Eh bien je vais vous conter l’histoire d’un courageux reporter
Il se rendit à Cuba, l’endroit le plus proche de l’enfer
Il y était allé bien des fois auparavant mais maintenant la loi
Dit que le seul chemin vers Cuba est avec la CIA

William Worthy n’est plus digne de passer notre porte
Il est allé à Cuba, désormais il n’est plus des nôtres
Mais il y a quelque chose d’étrange à entendre le gouvernement dire
Que quand tu vis dans le monde libre, tu dois rester dans le monde libre

Cinq mille dollars d’amende ou cinq ans de prison c’est le prix pour ceux
Qui ont le culot de penser qu’on peut voyager comme on veut
Oh pourquoi voulait-il perdre son temps à voir régner un dictateur
Alors qu’il aurait pu voir la démocratie en Espagne ou ailleurs ?

William Worthy n’est plus digne de passer notre porte… »


La deuxième There but for Fortune (tirée de l’album New Folks Volume 2 (1964) et de l’album Phil Ochs in Concert (1966)) est une magnifique chanson, une de ses plus connues, chantée aussi par Joan Baez. Elle évoque les destins malheureux qui peuvent frapper tous les hommes livrés au hasard dont nul ne peut se sentir protégé (on ne peut jamais dire que « cela ne peut arriver qu’aux autres ») (traduit par nos soins):

« Montrez-moi une prison, montrez-moi un lieu de détention
Montrez-moi un prisonnier dont le visage a perdu ses couleurs

Et je vous montrerai un jeune homme
Qui aurait bien des raisons d’y aller,
Et celui qui y va c’est par hasard, que ce soit vous ou moi

Montrez-moi une rue, montrez-moi un train
Montrez-moi un clochard qui dort dehors sous la pluie

Et je vous montrerai un jeune homme,
Qui aurait bien des raisons d’être cet homme,
Et celui qui l’est c’est par hasard, que ce soit vous ou moi

Montrez-moi les taches de whisky sur le sol
Montrez-moi un homme ivre quand il trébuche devant la porte

Et je vous montrerai un jeune homme,
Qui aurait bien des raisons d’être cet homme
Et celui qui l’est c’est par hasard, que ce soit vous ou moi

Montrez-moi un pays où les bombes sont tombées
Montrez-moi les ruines des bâtiments jadis si élevés

Et je vous montrerai un jeune pays
Qui aurait bien des raisons d’être ce pays,
Et celui qui l’est c’est par hasard, que vous y soyez ou que j’y sois
Que vous soyez ou que j’y sois »

Je donne aussi, à l’occasion du Vendredi-Saint et de Pâques, la belle interprétation d’une chanson écrite par Ewan MacColl (voir dans ce blog le post: https://lib54.wordpress.com/2013/01/17/hommage-a-ewan-maccoll/), The Ballad of the Carpenter (tirée de l’album I Ain’t Marching Anymore (1965)), sur Jésus-Christ vu dans la dimension sociale que peuvent justifier certains passages de la Bible souvent oubliés par les Eglises établies (traduit par nos soins):

« Jésus était un travailleur
Et un héros vous le verrez
Né dans la ville de Bethléem
Au tournant de l’année
Au tournant de l’année

Quand Jésus était un enfant
Son nom résonnait dans les rues
Car il discuta avec les anciens
Et sur eux il eut le dessus
Sur eux il eut le dessus

Il devint voyageur errant
Et il voyageait jusque très loin
Et il voyait que richesse et pauvreté
Allaient toujours main dans la main
Allaient toujours main dans la main

Ainsi il disait, « Venez les travailleurs
Vous les tisserands les fermiers
Si vous décidez d’être unis
Le monde vous est donné
Le monde vous est donné »

Quand les riches entendirent ces mots du charpentier
Ils coururent voir les Romains
Disant qu’il fallait abattre Jésus le rebelle
Menace pour Dieu et les humains
Menace pour Dieu et les humains

Le commandant de l’armée d’occupation
Ne fit que rire et déclara
Il y a une croix qui attend sur le Calvaire
En fin de semaine il mourra
En fin de semaine il mourra

Maintenant Jésus marchait parmi les pauvres
Car ils étaient sa famille
Et ils ne s’éloignèrent jamais assez
Pour que par derrière il soit pris
Pour que par derrière il soit pris

Ainsi ils payèrent un des marchands
Un indicateur des occupants
Et il vendit son frère aux bouchers
Pour une poignée de pièces d’argent
Pour une poignée de pièces d’argent

Et Jésus fut mis en prison
On le battit on voulut l’acheter
Pour qu’il abandonne la cause des hommes
Et travaille pour la tribu privilégiée
Et travaille pour la tribu privilégié

Et la sueur coulait sur le front de Jésus
Il y avait du sang dans ses yeux
Quand ils clouèrent son corps à la croix
Et ils riaient quand il mourut devant eux
Ils riaient quand il mourut devant eux

Deux mille ans se sont écoulés
De nombreux héros ont vécu
Mais le rêve de ce pauvre charpentier
Ce sont vos mains qui l’ont reçu
Ce sont vos mains qui l’ont reçu »

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