Référendum en Valais: coresponsables pour sortir du piège des économies

Posted on 16 avril 2014

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Mercredi dernier 9 avril, nous les enseignant-e-s du degré secondaire II étions réunis pour l’assemblée de notre association l’AVPES, et une part importante de l’ordre du jour portait sur les économies imposées dans le domaine de la formation et sur le référendum lancé par notre fédération professionnelle la FMEP.

Pour réaliser 5 millions d’économies dans l’enseignement, il a été décidé de réduire les montants attribués au titulariat, qui permet d’assurer un suivi individuel des élèves, aux décharges qui permettent d’organiser notamment des cours d’appui, et de réduire le salaire des collègues récemment engagés, ce qui réduit l’attractivité de la profession d’enseignant. La situation apparemment défavorable des finances cantonales laisse d’autre part présager d’autres économies peut-être plus graves dans peu de temps.

Présent dans cette assemblée, il me venait à l’esprit un certain nombre de questions. Pourquoi en sommes-nous arrivés à ce point, dans un des pays les plus riches du monde ? Comment est-il possible qu’on puisse seulement songer à diminuer même un peu la qualité de l’enseignement dans un pays prospère, alors qu’aucune réelle contrainte n’existe ? Le néolibéralisme a décidément partout le même visage: il impose l’austérité aux pays pauvres et des économies aux pays riches, montrant son unique souci de garantir aux possédants la jouissance maximale de leurs richesses.

Alors je me rappelai que la population valaisanne avait en 2002 , approuvé un double frein étrangleur aux dépenses et à l’endettement, permettant à l’avenir de justifier la nécessité d’économies chaque fois que la menace d’un déficit, même acceptable et utile, se manifesterait. Et je me disais aussi (espérant ne pas calomnier) qu’assurément un certain nombre de collègues participant à cette réunion avaient dû l’approuver. Puis je pensais à cette majorité de député-e-s de droite, UDC, PLR, PDC, chaque quatre ans reconduite par les Valaisan-ne-s sur un programme de diminution des dépenses publiques et de réduction des impôts nécessaires pour financer l’éducation, la santé et le social. De nouveau, un certain nombre de collègues avaient sans doute contribué à désigner une nouvelle fois les représentant-e-s de ces partis, quand bien même les élu-e-s de gauche sont les seul-e-s au Parlement à défendre constamment de façon cohérente la fonction publique utile à toute la population. Je me rappelais aussi que 57.000 Valaisan-ne-s avaient choisi de mettre en avant Oskar Freysinger, un politicien membre d’un parti opposé de manière virulente à l’Etat et aux services publics. Et probablement qu’un certain nombre de collègues, comme de nombreux autres Valaisans, avaient voté pour lui, pensant sans doute qu’un ancien enseignant, même vice-président national d’un parti anti-enseignant, allait malgré tout les défendre.

Justement, au cours de l’assemblée, Oskar Freysinger a répété qu’il était de notre côté, qu’il allait tout faire pour nous aider. Bien sûr je songeais de nouveau au fait qu’il était UDC, un parti hostile aux services publics, un parti adversaire des dépenses de l’Etat, un part hostile à la formation gymnasiale et favorable au développement de la formation professionnelle parce qu’elle est plus rentable. Mais s’il était vraiment de notre côté, pourquoi se serait-il embarqué dans la galère de l’UDC, alors que c’est la gauche, de par sa conception du monde, qui défend les services publics ?

Alors oui, je me suis dit que la situation dans laquelle nous nous trouvons actuellement et qui pourrait s’aggraver, pour nous enseignant-e-s d’abord, mais surtout pour les jeunes de ce canton, relève d’une vaste coresponsabilité. Coresponsabilité impliquant les citoyens qui votent des mesures empêchant les dépenses utiles, qui élisent ensuite des députés et des conseillers d’Etat dont le but est de ne rien faire contre ces mesures, coresponsabilité impliquant les députés élus pour servir l’intérêt général et qui se consacrent trop souvent à la défense des intérêts financiers privés , coresponsabilité impliquant le conseiller d’Etat qui prétend défendre l’enseignement en se faisant élire sur la liste d’un parti qui veut l’affaiblir.

Et je me disais qu’à cause de cette coresponsabilité qui nous concerne toutes et tous, la démocratie était un système difficile à vivre. Le système suisse ne permet en tout cas pas de seulement montrer du doigt une oligarchie et quelques dirigeants. Nous avons tous notre part dans l’évolution des choses, et nous avons participé à la mise en place de la situation qui nous est néfaste: nous avons les dirigeants que nous méritons.

Et je me suis dit que c’était un grand défi pour nous toutes et tous de participer à la vie politique avec plus d’exigence, plus d’esprit critique, plus de cohérence. Pour que n’arrive pas comme un résultat de notre volonté d’hier quelque chose que notre volonté d’aujourd’hui refuse. Et pour que nous n’ayons pas des dirigeants qui disent défendre ce que leur engagement et leur carrière politique leur interdisent de défendre. Et que nous soyons coresponsables de réorienter autrement la politique de notre pays hors du piège des économies.

En votant autrement, nous n’aurions peut-être pas tout à fait réussi, car le vent de nos jours souffle contre nous, mais nous aurions sans doute fait mieux en ne contribuant pas à porter au pouvoir ceux que leur philosophie amène immanquablement à nous attaquer ainsi que la profession que nous exerçons au profit du canton. Nous aurions peut-être de la sorte pu éviter d’en arriver au référendum.

Mais puisque maintenant il ne reste plus que le référendum pour arrêter la frénésie d’économies, il faut s’y engager à fond, pour convaincre le plus grand nombre qui n’est pas riche et a besoin des services publics, et pour gagner. Pour les conditions de travail et la dignité des enseignant-e-s bien sûr, mais surtout pour l’école valaisanne !
On peut télécharger le formulaire de signatures sur le site: http://www.fmep.ch/

 

Coresponsables par la démocratie pour dire non aux économies

Coresponsables par la démocratie pour dire non aux économies

image: Le suffrage universel, Léonard, Les Temps nouveaux, Wikimedia
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