La coopérative La Fabrique du Sud (ex-Pilpa) a repris le travail

Posted on 26 juin 2014

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Le 24 avril avril 2013, j’avais fait paraître un poste au sujet de la fabrique de crèmes glacées Pilpa (à Carcassone) menacée de fermeture ( https://lib54.wordpress.com/2013/04/24/avec-les-pilpa-de-carcassone/ ). Y était mentionnée la volonté des travailleurs de constituer une coopérative (scop) pour continuer la production.

C’est avec joie qu’on apprenait à la fin avril 2014 que l’entreprise avait repris son activité sous la forme d’une coopérative (scop) fondée en décembre 2013 sous le nom de Fabrique du Sud. Auparavant, l’Agglo de Carcassonne avait racheté l’usine pour 1,7 M d’euros. Certes Pilpa a été fermée et 99 salariés ont perdu leur emploi. Mais 19 employés ont pu se remettre au travail dans une structure redimensionnée: chaque sociétaire a investi ses indemnités de licenciement avec une aide de Pôle emploi à concurrence de 20.000 euros, la région Languedoc-Roussillon a versé 104.000 euros et le Crédit coopératif a consenti un prêt de 100.000 euros. De nouvelles machines ont été achetées.

Les sociétaires ont suivi des formations pour apprendre à démarcher les directeurs de supermarchés, pour la gestion, la comptabilité et la maintenance. Depuis avril dernier, l’entreprise a lancé une nouvelle marque: la Belle Aude, misant sur la qualité (utilisation de vrai lait, arômes naturels, fruits de qualité, absence de colorants) et si possible sur les productions locales.

Les débuts ont été très satisfaisants, avec présence des produits dans 37 super ou hypermarchés de la région, dans des épiceries fines et des restaurants. L’objectif est d’atteindre un chiffre d’affaires de 600.000 euros en 2014, d’1,6 million en 2015, de 2,4 millions en 2016, ce qui assurerait la viabilité de l’entreprise.

L’écart entre les salaires est faible: entre 1.250 euros et 1.900 euros (ce ne sont bien sûr pas des salaires suisses !). Voici un témoignage: « Et si certains ont consenti à perdre du salaire, c’est qu’ils ont cru à l’aventure humaine. «Cette lutte nous a soudés. J’ai cru à ce collectif parce qu’on ne s’est jamais battus pour de l’argent mais pour l’emploi, pour maintenir l’activité, insiste Bernard Fabre. » (source: http://www.ladepeche.fr/article/2014/05/03/1874244-carcassonne-la-belle-aude-la-deuxieme-vie-des-pilpa.html). C’est un grand défi pour les travailleurs, qui demande un grand engagement et un changement d’esprit: « Devenu responsable de l’organisation et du programme de production, Stéphane Alaux souligne à quel point ce projet de Scop a radicalement changé la manière de travailler et l’esprit d’équipe : « Avant, les cadences étaient importantes. On est passés de 2 400 pots à l’heure à 1 500 pots par jour. D’une production industrielle à une production artisanale. Chacun est responsabilisé. On fait 7 heures-19 heures et on mange ensemble. Je sors grandi et fier de cette histoire, c’était un gros challenge. » (même source)

Les syndicats ont joué un rôle clé dans la création de la coopérative, se battant sans relâche pendant une année pour amener les patrons à négocier. D’ailleurs une section CGT y a été établie, ce qui contribuera à dissiper les préjugés de ceux qui pensent que les coopératives sont antisyndicales et nuisent à la solidarité. Et les autorités de la région ont accordé leur soutien: « Une glace aussi bonne que notre histoire est belle», peut-on lire ici et là comme un slogan. Parmi l’assistance, de nombreux élus, mairie, conseil général, régional, Agglo, le préfet, Louis Le Franc également. … la Région a voté une subvention et attribué une avance pour la Fabrique du Sud, hier aussi, autre symbole, l’Agglo a signé le bail avec la Scop. «Que cette Scop s’inscrive dans la durée», a lancé le préfet. Que l’aventure humaine se transforme en aventure industrielle maintenant. » (source: http://pourmaconlhumaindabord.fr/belle-aude-autre-victoire-solidarite/). Ce qui montre que l’Etat ne doit pas nécessairement donner raison aux entreprises privées.

Comme à la coopérative Les Atelières, la solution trouvée ne permet pas de sauver la totalité ou même la majorité des emplois, mais elle montre que face aux décisions inhumaines des patrons capitalistes, la soumission pure et simple aux diktats des propriétaires n’est pas la seule solution. Et c’est vraiment encourageant !

Les informations principales sont empruntées à:
Bruno Vincens, Des glaces aux parfums de lutte, L’Humanité des débats, 30-31 mai, 1er juin 2014.

 

Ouverture de la coopérative La Fabrique du Sud au château de Carcassone

Les coopérateurs de la Fabrique du Sud lancent la nouvelle marque de glaces La Belle Aude

image: http://pourmaconlhumaindabord.fr

Logo des crèmes glacées La Belle Aude

Logo des crèmes glacées La Belle Aude

image: http://www.laregionendirect.fr

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