Laïcité: le matériel et le spirituel distingués

Posted on 15 août 2014

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Un comité vient de lancer la récolte des signatures pour faire du canton du Valais un Etat laïque, dans lequel Eglises et Etat fonctionneraient de manière indépendante.

Un texte me semble fondamental pour justifier la laïcité, et le commenter peut presque suffire à apporter une conclusion claire à cette problématique. Ce texte est un extrait de la Lettre sur la tolérance du philosophe anglais John Locke, publiée en 1689 (texte français traduit par Jean Le Clerc dans: Lettre sur la tolérance et autres textes, Flammarion, 1992, collection GF).

Cet extrait se compose de deux parties, l’une où sont décrites les compétences de l’Etat, l’autre présentant le domaine religieux dans lequel l’Etat ne doit pas intervenir.

Suivons l’argumentation de John Locke. Il décrit d’abord le domaine de l’Etat, marqué selon lui par des « bornes ». Ces bornes limitent ses compétences à la sécurité et au bien-être matériels des individus. Il doit garantir « que chaque particulier possède sûrement ce qu’il a, que le public jouisse de la paix et de tous les avantages qui lui sont nécessaires, qu’il augmente en force et en richesse » et qu’il puisse se défendre « contre les invasions des étrangers ». C’est dans ce but que l’Etat selon Locke a été fondé, et il ne saurait dépasser ces attributions sociales, économiques et politiques (ce que Locke appelle le « bien temporel du public »).

La deuxième partie du texte traite du domaine spirituel, le domaine de la religion, dont selon Locke l’Etat est à bon droit exclu: « On voit aussi, par là, que chacun a la pleine liberté de servir Dieu de la manière qu’il croit lui être la plus agréable… ». Le but du philosophe anglais n’est certes pas d’affirmer la laïcité, il veut seulement réfuter la prétention des monarques anglais à imposer la même religion à tout leur royaume. Mais la conséquence semble évidente pour les rapports entre les Eglises et l’Etat. Dans le domaine spirituel, les Eglises seules sont compétentes et l’Etat n’est pas concerné. Son rôle est d’assurer la sécurité et le bien-être matériels des individus, le rapport à Dieu et à l’au-delà, le souci de ce qui dépasse la vie matérielle ne sont pas de son ressort. Cette thèse paraît conforme au passage de l’Evangile: « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu » (Matthieu, 22:21, trad. de la Bible de Jérusalem, éditions du Cerf, 1997).

Cette distinction entre les Eglises et l’Etat est bénéfique pour les deux institutions. Les Eglises peuvent se consacrer en toute liberté à la prédication de leurs messages parfois exigeants et de nature à contester l’ordre politique établi; les exprimer sans compromis n’est-il pas malaisé si l’Etat leur assure une (bonne) part de leurs revenus ? L’Etat peut se consacrer entièrement à sa tâche d’assurer à tous les bonnes conditions matérielles de la vie sans intervenir dans la vie spirituelle en favorisant certaines communautés aux dépens des autres, ce qui va contre son devoir de traiter également tous les membres de la société.

Les impôts perçus par l’Etat ne peuvent servir à financer les cultes qui ne relèvent pas de lui. Les Eglises auront à se financer sur les contributions des fidèles et sur la gestion de leurs biens. A l’occasion l’Etat pourra cependant accorder des subventions pour l’entretien des édifices religieux historiques, ainsi que pour les activités sociales et culturelles des Eglises qui s’exercent hors du domaine du culte.

Justifier d’autres pratiques par la tradition ou la commodité n’est guère satisfaisant. D’abord la distinction des deux domaines, matériel et spirituel, n’est pas respectée, et c’est une erreur de principe. Ensuite les pratiques traditionnelles, peut-être acceptables et commodes quand l’immense majorité appartient à une (ou deux) religion(s), ne le sont plus quand les Eglises sont moins écoutées et que nombre d’individus, adeptes d’autres religions ou incroyants, n’y adhèrent plus.

Visitez http://valais-laique.blog4ever.com/ où vous trouvez le formulaire de signatures de l’initiative à télécharger.

Distincts sans être ennemis

Distincts sans être ennemis


source: http://www.cnrs.fr

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