Henry Martin, une ballade écossaise à propos d’un pirate

Posted on 14 novembre 2014

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Henry Martin est une ballade écossaise remontant au XVIIème siècle où elle comptait plus de 80 strophes. Elle racontait l’histoire de Sir Andrew Barton et de ses deux frères. Andrew Barton était un corsaire au service du roi d’Ecosse chargé de saisir des navires portugais, mais il outrepassa ses droits, se livra à la piraterie et fut tué en 1511 suite à une bataille contre Sir Edward et son frère Thomas Howard, 3ème duc de Norfolk, au service du roi d’Angleterre.
La ballade parla d’abord d’Andrew Bartin, puis, avec le temps, elle fut raccourcie et le nom du héros fut changé en Henry Martin ou Henry Martyn (dans le recueil Child’s Ballades, elle porte les n° 167 et 250). Tiré de: http://en.wikipedia.org/wiki/Henry_Martin_(song)

Comme en général dans les chansons populaires, le ton est descriptif. L’histoire, triste, est celle d’un pirate qui détruit un navire et envoie son équipage au fond, sans état d’âme. La chanson adopte un ton détaché face à un événement certes tragique, mais qui a les caractéristiques d’un événement naturel, résultat d’un enchaînement rigoureux, que rien ne permet d’éviter. Du moment qu’Henry Martin a décidé de gagner sa vie et celle de ses frères en volant, rien ne va l’arrêter: la résistance des marins du navire marchand semble de pure forme par rapport à la volonté de Martin (le contraste est clair entre « Et si vous le voulez bien, vite nous allons passer » et « Oh non, oh non… cela ne saurait arriver »). A vrai dire, la chanson ne sympathise guère avec les marchands, elle paraît même avoir un faible pour Henry Martin qui a quelque chose de Robin des Bois, et finit par remporter une victoire inévitable après un dur combat.

La chanson a connu diverses interprétations, notamment de Burl Ives (1944) (Etats-Unis), d’A.L. Lloyd (1956) (Angleterre), de John Baez (1960) et de Broadside Electric (1992) (Etats-Unis). Je donne ici une version écossaise par Jimmie Macgregor (né en 1930). Le groupe Les 3 frères a réalisé une adaptation française plutôt réussie (http://www.youtube.com/watch?v=j6L09OP2oV0).

J’ai traduit d’après la version de Broadside Electric.

Henry Martin

lls étaient trois frères dans la joyeuse Ecosse
En Ecosse trois ils étaient
Et ils tirèrent au sort pour savoir qui irait, qui irait, qui irait
Voler partout dessus la mer salée.

Et le sort tomba sur Henry Martin
Le plus jeune des trois il était
C’est lui qui volerait sur la mer salée, mer salée, mer salée
Pour que ses frères et lui puissent bien gagner.

Ils n’avaient navigué qu’une longue nuit d’hiver
Et une partie d’une courte journée
Quand il vit un fort et haut bateau, haut bateau, haut bateau
Qui sur eux tout droit se dirigeait.

« Salut, salut » cria Henry Martin
« Qu’est-ce qui te fait voguer si près ? »
« Oh, je suis un riche navire marchand voguant vers Londres, vers Londres, vers Londres,
Et si vous le voulez bien, vite nous allons passer. »

« Oh non, oh non, » cria Henry Martin,
« Cela ne saurait arriver.
Je suis là pour voler dessus la mer salée, mer salée, mer salée,
Pour mes frères et moi il me faut bien gagner. »

« Viens baisse ta voile et tire tes cordages
Et range ton bateau à mon côté
Ou je te donnerai un gros coup de canon, coup de canon, coup de canon,
Et tous vos corps se noieront dans l’eau salée. »

« Non, nous n’allons pas baisser notre voilure,
Ni ranger notre bateau à votre côté,
Et vous n’allez pas prendre nos riches marchandises, marchandises, marchandises,
Et nous garderons nos beaux fusils pointés. »

Et ils se sont mis à tirer, à tirer
Pendant deux ou trois heures entières,
Jusqu’à ce qu’Henry Martin leur porte le coup mortel, coup mortel, coup mortel,
Et le bateau sombra jusqu’au fond de la mer.

De mauvaises nouvelles sont arrivées en Angleterre,.
De mauvaises nouvelles dans la belle ville de Londres,
Il y avait un riche vaisseau et il a fait naufrage, fait naufrage, fait naufrage,
Et tout son équipage a coulé jusqu’au fond.

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