Trois chansons américaines pour la liberté

Posted on 13 décembre 2014

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Avant Noël, je vous communique trois perles de la musique traditionnelle américaine, qui ont toutes les trois quelque rapport avec la liberté.

La première est l’émouvante version de The Wayfaring Stranger (Le Voyageur étranger) par le grand Johnny Cash (1932-2003). Ce chant religieux est très célèbre, il date du XIXème siècle et ses paroles ont été publiées par Charlie D. Tillman (dans un recueil intitulé Revival, de 1891). Il a été abondamment repris notamment par Burl Ives, Joan Baez, Emmylou Harris et Peter, Paul and Mary. La version de Johnny Cash date de ses dernières années (2000), et c’est peut-être pour cela qu’elle a cette profondeur.

Je donne un essai de traduction de cette chanson d’espérance, simple et juste, parlant du monde de paix que tous les hommes attendent:

Je suis juste un pauvre étranger
Sur tous les chemins d’ici-bas
Il n’y a ni maladie ni danger
Au pays d’lumière où je vais

J’y vais pour y revoir mon père
Ceux que j’aimais et qui sont partis
Je vais juste passer le Jourdain
Je vais rentrer dans mon pays

Je sais que des nuages vont m’entourer
Je sais que la route est dure et raide
Mais devant moi un beau champ paraît
Où ceux que Dieu a sauvés veillent

J’y vais pour y revoir ma mère
Elle m’a dit qu’elle m’y attendait
Je vais juste passer le Jourdain
Revoir la terre où je suis né

Je vais juste passer le Jourdain
Revoir la terre où je suis né

La deuxième chanson est le célèbre 500 miles d’Hedy West, sans doute une des chansons américaines les plus connues et dont la traduction française « J’entends siffler le train », berça nos lointaines jeunes années ! La version qui suit (très différente de l’originale d’Hedy West, ici enregistrée au festival de Newport en 1964: https://www.youtube.com/watch?v=mnYKp9R86nI) est une version rock puissante, évoquant bien les grands espaces et la solitude du voyageur. Elle est celle des Hooters, un groupe de Philadelphie combinant le rock and roll, le reggae, le ska et la folk music. Les paroles mettent l’accent sur la recherche de la liberté que les libres déplacements du voyage ne font qu’annoncer.

Je donne un essai de traduction d’un extrait des paroles:

Si tu manques le train que j’ai pris, tu sauras que je suis parti,
Tu pourras l’entendre siffler pendant 100 miles,
Pendant 100 miles, pendant 100 miles
Pendant 100 miles, pendant 100 miles,
Tu pourras l’entendre siffler pendant 100 miles

Sans chemise sur le dos, sans un sou à mon nom
Et le pays que j’aimais jadis n’était pas le mien
Seigneur je suis à un, je suis à deux, je suis à trois, je suis à quatre,
Seigneur je suis à 500 miles de chez moi

Il y a cent tanks sur la place
Un homme est debout et les arrête

Un jour bientôt les vents vont tourner, et je serai libre
Je serai libre, je serai libre, je reviendrai dans mon pays,
Un jour bientôt les vents vont tourner et je serai libre

Enfin la troisième chanson vient d’Hedy West, une fantastique chanteuse folk, qui n’est pas seulement l’auteure de 500 Miles. Hedy West (1938-2005), originaire de Georgie, était fille d’un poète et organisateur syndical qui fut cofondateur du Highlander Folk School de New Market dans le Tennessee (voici quelques renseignements sur cette école: « Quand le « Highlander » fut fondé en 1932, les Etats-Unis étaient en pleine Grande Dépression. Les travailleurs dans toutes les parties du pays faisaient face à une dure résistance des employeurs quand ils tentaient d’organiser des syndicats, spécialement dans le Sud. Contre cet inconvénient, Horton, West et Dombrowski créèrent la « Highlander School » « pour servir de centre éducatif dans le Sud pour la formation des dirigeants syndicaux paysans et ouvriers, et pour la conservation et l’enrichissement des valeurs culturelles indigènes des montagnes »; le centre joua par la suite un rôle important pour former les militants du mouvement des Droits civiques- trad. de: http://en.wikipedia.org/wiki/Highlander_Research_and_Education_Center). Sa grand-mère paternelle jouait du banjo, et très tôt Hedy chanta dans des festivals folk du Sud. Etablie à New York en 1959, elle fut bientôt l’une des figures de Greenwich Village, l’un des centres de la renaissance folk. Elle chanta avec Pete Seeger au Carnegie Hall. Dans les années 1960, elle vécut plusieurs années à Londres et participa activement à la scène folk européenne. Elle n’abandonna jamais son engagement pour toutes sortes de causes progressistes et son album « Old Times and Hard Times » (1965) (sur lequel je reviendrai) comprend de belles chansons du répertoire ouvrier. Wikipedia souligne qu’elle refusa d’affadir « son style authentique pour devenir plus commerciale » (voir: http://en.wikipedia.org/wiki/Hedy_West)

Je vous communique une ancienne ballade anglo-américaine, The Sheffield Apprentice, avec une très belle mélodie, qu’Hedy West interprète à la perfection, s’accompagnant au banjo. Je ne vais pas donner d’essai de traduction, mais seulement décrire le thème de la chanson. Il s’agit d’une sombre affaire de passion qui conduit un jeune homme à la mort. Engagé par une maîtresse qui tombe amoureuse de lui et le demande en mariage, le jeune homme refuse car il est déjà fiancé.Pour se venger sa maîtresse dépose une de ses bagues dans ses affaires, convoque la justice et le fait juger et condamner pour vol. Terrible histoire de dépit et de vengeance ! La chanson ne traite de la liberté que parce que l’innocent l’a perdue. Mais elle montre aussi combien les aspirations de liberté sont dans notre monde approximatif sujettes à souffrir de nos irrésistibles passions !

Bonne écoute et joyeux Noël !

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