25 janvier en Grèce: des enjeux décisifs pour l’Europe

Posted on 10 janvier 2015

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Le 25 janvier prochain, de très importantes élections législatives vont avoir lieu en Grèce, qui permettront peut-être à Syriza, un parti de la gauche radicale, de diriger le gouvernement du pays. Pour la Grèce, qui a terriblement souffert des politiques d’austérité imposées par les instances de la finance internationale, dont celles de l’UE, ces élections peuvent signifier la fin d’une période de total mépris des intérêts des citoyen-ne-s et le retour à des pratiques au service de l’intérêt général: 30 % de la population vit en effet au-dessous du seuil de pauvreté et depuis quatre ans les salaires ont baissé de 38 % et les retraites de 45 %. C’est pourquoi Syriza recueille actuellement environ 29 % des intentions de vote (Voir: Maria Malagardis, Le Profil bas de la gauche radicale, Le Courrier, 7 janvier 2015).

Qui est Syriza ? Ce fut d’abord une coalition de mouvements politiques à la gauche du Parti socialiste (Synaspismos, AKOA, DEA, KEDA (dissidence du KKE, Parti Communiste grec), Citoyens Actifs), fondée en 2004, qui remporta 3,3 % des voix en 2003, puis 5 % en 2007 lors des élections législatives, puis après un recul en 2009, réalisa un score de près de 27 % et de 71 députés en 2012. Cette coalition s’est transformée en parti politique unitaire, sous la direction d’Alexis Tsipras, un jeune leader très populaire. Ce statut de parti politique lui permettra, s’il arrive en tête dans quelques jours, de bénéficier des 50 sièges accordés au parti le plus fort.

Quel est le programme de Syriza justifiant un soutien important dans la population grecque ?

« En janvier 2015, Syriza a présenté un programme de gouvernement « qui ne créera pas de nouveaux déficits », basé sur quatre « piliers » et une cinquantaine de mesures concrètes. Les quatre piliers du programme mettent l’accent sur « la lutte contre la crise humanitaire », « la relance de l’économie », « la reconquête du travail », « la réforme de l’État »….
Syriza demande sur le plan de la dette, — une réduction significative de la valeur nominative de sa dette publique cumulée ; — un moratoire sur le service de la dette, afin que les sommes conservées soient affectées au redressement de l’économie ; — l’instauration d’une « clause de développement », afin que le remboursement de la dette ne tue pas dans l’œuf le redressement économique ; — la recapitalisation des banques, sans que les sommes en question soient comptabilisées dans la dette publique du pays.
Un autre axe du programme de Syriza concerne une politique macroéconomique expansionniste. Il est prévu la création de 300.000 emplois dans les secteurs privés et publics et dans l’économie solidaire. «Nous allons instaurer des dispositifs spécifiques favorables à l’embauche des chômeurs, applicables par les collectivités locales et par tous les sous-traitants privés du secteur public, ainsi que pour la création d’entreprises par les chômeurs, explique-t-il. Nous ciblerons les groupes de chômeurs les plus fragiles, notamment les jeunes, les seniors, les chefs de famille monoparentales». Cette politique de croissance s’appuie sur le retour à un salaire minimum d’un niveau antérieur à celui de la crise. Dans le mémorandum de 2012, il est passé de 740 à 580 euros brut par mois. Le rétablissement d’un salaire minimum à 751 euros rapportera automatiquement une croissance de 0,5% du PIB par la relance de la consommation des ménages, se traduisant par des recettes budgétaires»….
La gratuité de l’électricité, de la nourriture, des soins ou des transports publics pour les foyers vivant sous le seuil de pauvreté est préconisée. Pour les plus démunis, des plans alimentaires d’urgence sont préconisés. La baisse de la TVA sur le fuel de chauffage est envisagée.
Un autre point fort du programme de Syriza est l’assainissement des finances publiques, qui passe par une amélioration des recettes fiscales, via la lutte contre les niches et l’évasion fiscales. En aucun cas, il s’agit de recréer des déficits budgétaires. Cette nouvelle politique fiscale permettra de financer les dépenses publiques du programme.
Pour Syriza, les failles du système fiscal grec résident dans les multiples passe-droits et exemptions prévues pour l’oligarchie grecque. Le parti critique la complicité et la duplicité entretenue depuis la dictature entre le patronat et les deux principaux partis Nouvelle Démocratie et Mouvement socialiste panhellénique (Pasok) dans le maintien de ce système fiscal injuste. … Pour les particuliers, Syriza préconise la création de nouvelles tranches d’imposition sur les revenus pour les plus riches. Syriza promet aussi d’annuler l’impôt foncier sur les résidences principales mis en place par l’actuel gouvernement Samaras.Pour les sociétés, il est prévu d’augmenter leur impôt avec une harmonisation de l’impôt sur les grosses sociétés au niveau de la moyenne européenne. Les armateurs grecs seront aussi soumis à l’imposition….
Dans le programme sont aussi listés une loi sur les arriérés d’impôts et les prêts non remboursés, une révision du programme de privatisation, un gouvernement resserré de dix ministres, une réforme et un renforcement de la brigade financière, des réformes des procédures en vigueur dans la fonction publique pour lutter contre la corruption. »

(source: http://fr.wikipedia.org/wiki/SYRIZA)

Même si dans Syriza il existe une tendance réclamant la sortie de l’euro, la politique actuellement choisie est celle d’un maintien dans l’euro avec une autre conception de son utilisation. Le retour à la monnaie nationale, selon Syriza, n’améliorerait pas la situation des victimes de la crise. L’euro d’après lui n’est pas mauvais, à condition que les impératifs strictement financiers soient remplacés par des critères économiques et sociaux:

« Syriza demande que le modèle actuel de la construction européenne, basée sur l’indépendance de la Banque centrale européenne, l’interdiction de prêter aux États à des taux très bas (comme l’UE le fait pourtant aux banques), soit refondé pour favoriser l’emploi, la solidarité et la croissance. Pour Syriza, l’euro n’est qu’un outil qui doit être au service d’une politique en faveur des citoyens et des sociétés. Il n’est pas question pour ce parti de changer de monnaie mais de politique monétaire : la politique actuelle de l’euro fort n’est pas forcément la règle. »
(même source)

Les difficultés pour Syriza sont pourtant nombreuses.

D’abord il n’est pas sûr, malgré les sondages, qu’il arrive au pouvoir. Les pressions sont actuellement considérables de la part de l’UE et de ses alliés des partis traditionnels grecs. L’argument de la peur ne fonctionne pas qu’en Suisse lorsqu’il s’agit d’avancées sociales: en Grèce aussi, on tente d’effrayer les citoyen-ne-s en prédisant les pires catastrophes si un gouvernement prêt à résister au système néolibéral s’installait.

Ensuite si Syriza l’emporte sa situation sera délicate. En effet, s’il fait passer d’abord sa profession europhile et tient à l’euro, il risque d’avoir à trahir son programme: on imagine mal l’UE et l’Allemagne céder soudainement aux exigences grecques de fonder le système financier européen sur d’autres bases, alors que pendant des années l’intransigeance a dominé. Et si, face au refus européen, Syriza est fidèle à ses engagements au service du peuple grec, il faudra qu’il prenne les risques de la rupture avec l’euro et de la définition d’une ligne politique tout à fait nouvelle. A entendre ce qui se dit à Bruxelles ces derniers temps, il semble qu’il soit difficile d’éviter cette issue, à moins de sombrer dans un compromis inefficace. Syriza a-t-il déjà préparé ce plan B pour mener à bien avec succès la sortie de l’euro ?

Un oubli des engagements de son programme, comme un échec dans l’éventuel passage au retour à la monnaie nationale serait dramatique pour Syriza, en Grèce d’abord. Quelle terrible occasion qui montrerait aux citoyens qu’ils n’ont rien de très nouveau à attendre de la gauche radicale, et qui permettrait à la droite et à la gauche modérée de répéter encore une fois qu’il n’y a pas d’alternative et que la gauche radicale est forte pour protester, mais incapable d’agir !

Mais le succès ou l’échec de Syriza aura bien sûr aussi une signification européenne (et mondiale). Si Syriza réussit à conquérir le pouvoir et à appliquer une politique différente, ce sera un signal décisif pour les autres pays d’Europe (et d’abord pour les pays souffrant de la crise, spécialement l’Espagne qui connaîtra prochainement des élections législatives pour lesquelles le parti de gauche radicale Podemos est très bien placé): il n’est pas impossible que d’ici quelques années de vraies majorités de gauche dirigent de nouveau l’Espagne, le Portugal, et même l’Italie et la France. La preuve aura été donnée qu’il y a une alternative, comme elle a été donnée en Amérique latine, et des alliances internationales, comme en Amérique latine, pourront se constituer entre pays progressistes pour contrer les puissantes nations capitalistes. Mais l’échec de Syriza, d’abord aux élections, mais surtout après les élections si elles ont été victorieuses, pourrait confirmer voire aggraver l’impasse actuelle, avec la porte encore partout ouverte à l’abstention et aux partis de la résignation, et un boulevard pour le nationalisme borné du populisme de droite qui apparaîtrait plus que jamais comme la seule solution face au rouleau compresseur de la mondialisation sans frein.

Assurément, pour la Grèce, mais aussi pour le reste de l’Europe, Syriza porte un grand poids sur ses épaules. Il ne reste qu’à adresser à tous les camarades grecs les voeux de succès les plus ardents. Il ne fait aucun doute qu’ils ne ménageront aucun effort pour tracer un nouveau chemin, même s’il est difficile, au service de tous les êtres humains et non seulement des banquiers et des commis voyageurs du nouveau capitalisme.

La Grèce écrasée par la finance internationale

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Alexis Tsipras (Syriza) et Pablo Iglesias (Podemos): une autre Europe ?

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images:
http://lucien-pons.over-blog.com/tag/grece/ (carte Grèce)
http://yetiblog.org/index.php?post/grece-porte-ouverte-a-syriza (Tsipras-Iglesias)

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