La gauche en 2015: faible et résistante

Posted on 21 novembre 2015

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Les militant-e-s de gauche, notamment en France et en Suisse, n’ont guère de raison de se réjouir depuis quelques années et le rythme de l’affaiblissement de leurs positions dans la société paraît encore s’accélérer. Les élections s’enchaînent dans les pays où l’on voit la gauche défaite, sans que le recul de la gauche modérée profite significativement à la véritable gauche, et si la droite conservatrice l’emporte dans certains pays, dans d’autres il faut de plus en plus compter avec les succès d’une droite ultraconservatrice et nationaliste aux couleurs parfois préfascistes. Dans ce contexte écrasant les politiques menées sont sans surprise: diminution des impôts pour les plus riches, réduction des dépenses publiques dans l’éducation, le social et la santé, affaiblissement des assurances sociales, attaque contre les services publics au service de tous, creusement des inégalités avec d’un côté les profiteurs du système et de l’autre des serviteurs condamnés à perdre leurs droits, repli sur soi avec exaltation des valeurs nationales et oubli de la lutte des classes au profit de l’union contre les étrangers, crainte de l’avenir et abandon de toute confiance dans la possibilité d’améliorer le monde.

Les perspectives d’une autre orientation sont en général loin de se dessiner. A vues humaines, à considérer l’obscur et chaotique mélange entre la mondialisation détruisant toutes les frontières et toutes les protections et les réactions xénophobes qui en résultent, on a l’impression que tout va se dégrader toujours plus, à moins que le système mondialisé néolibéral et ses officines comme l’UE soient radicalement remis en question. Dans l’atmosphère actuelle de résignation qui a inculqué très largement l’idée qu’il n’y a pas d’alternative, tout paraît bloqué sauf pour les réactionnaires. La route barrée aux alternatives s’est imposée avec efficacité quand à la fin des années 1970, les capitalistes, leurs politiciens et leurs penseurs se sont unis pour établir la primauté de la finance et des nouvelles technologies, et pour procéder à la destruction progressive des anciennes industries insuffisamment rentables qui fournissaient les bases du mouvement socialiste: fonder une nouvelle économie qui rapportait plus tout en écrasant la principale force qui contestait le système, avec, cerise sur le gâteau, l’effondrement du bloc de l’Est qui offrait malgré ses défauts un autre modèle économique, voilà un extraordinaire coup de maître qui mérite un coup de chapeau, et dont on ne s’étonne pas qu’il ait rendu les financiers si insolents ! Les tristes événements de Paris viennent d’autre part de montrer une nouvelle fois que l’absence de perspectives de changement social ouvrait la voie à de tragiques dérives extrémistes.

Prendre acte des inévitables défaites liées à cette tendance lourde de domination de la droite ne doit pourtant pas signifier le découragement. A l’échelle de l’histoire, les périodes sombres et ternes, même si elles semblent trop durer, alternent avec les périodes de construction. Ceux qu’anime l’aspiration au changement démocratique et solidaire ne doivent pas cesser d’agir, car seule leur action est en mesure de préparer les futures évolutions. Même s’il est difficile d’imaginer l’heure où elles se produiront, il faut penser qu’elles arrivent souvent de manière inattendue. Ces derniers temps d’ailleurs quelques événements heureux sont survenus en Europe: victoire (même difficile) de la gauche radicale en Grèce, accession de Jeremy Corbyn à la tête du Parti travailliste britannique, alliance actuelle de la gauche modérée et de la gauche radicale contre l’austérité au Portugal. Il est aussi certain que comme tout système économique et politique, celui que nous connaissons aujourd’hui prendra fin tôt ou tard. Il n’est bien sûr pas évident qu’il sera remplacé par un système plus favorable, mais il serait aussi déraisonnable d’estimer impossible de lui substituer un système meilleur (l’échec du socialisme dans le bloc de l’Est ne signifie pas plus la fin du socialisme que la fin du colonialisme n’a signifié la fin du capitalisme). Le passé témoigne de la possibilité de faire avancer les sociétés humaines vers plus de prospérité, d’égalité et de bonheur ou de les faire reculer. Et l’on voit bien que la diversité des évolutions, positives ou négatives, tient à la diversité et à l’influence plus ou moins grande des individus et des forces spirituelles et politiques qui les soutiennent.

Une seule conclusion s’impose: ceux que guide l’idée d’une société meilleure, quelles que soient les circonstances et leurs difficultés, doivent continuer de se battre. Que les libéraux mondialistes, les conservateurs xénophobes et les extrémistes qui leur font face le sachent: les amis d’un monde meilleur seront toujours en travers de leurs chemins. Ils sont faits pour cela, et si aujourd’hui l’heure est pour eux plutôt aux défaites, d’intéressants succès annoncent peut-être la sortie d’un long tunnel dans lequel le Veau d’Or, de manière bien peu satisfaisante, a régné sans partage !

Manifestation de la fonction publique à Genève novembre 2015

Manifestation de la fonction publique à Genève novembre 2015

image: http://www.gauchebdo.ch/2015/11/12/fonction-publique-le-reveil-de-la-force/

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