Contre le néolibéralisme, toujours plus de coopératives

Posted on 27 décembre 2016

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Politis (N° 1431, du 8 au 14 décembre 2016), dans un article d’Erwan Manac’h intitulé Coopérateurs de tous les pays…, se fait l’écho des 2èmes rencontres euroméditerranéennes de l’économie des travailleurs, qui se sont tenues à Thessalonique à la fin octobre 2016. Ces rencontres rassemblaient 500 militants provenant d’un certain nombre d’entreprises fondées ces dernières années suite à leur reprise par les salariés pratiquant l’autogestion, à l’image de ce qui s’était produit en Amérique latine après 2000.

Ces entreprises ont en commun d’avoir réussi à se maintenir et à conserver des emplois après la cessation d’activité décidée par les patrons capitalistes. Les salariés solidaires ont opté pour l’autogestion, la propriété et la gestion de l’entreprise appartenant aux salariés, qui sont tous à égalité selon le principe une personne, une voix. Elles ont aussi parfois profité de ces changements pour modifier la production dans le sens du respect de l’environnement et de la constitution d’une nouvelle forme d’économie.

Parmi les entreprises présentes, Politis cite VioMe, à Thessalonique, qui a hébergé les rencontres. C’est une ancienne usine de matériaux de construction qui, par souci écologique, s’est reconvertie dans la fabrication de lessives et savons bio et qui emploie 23 personnes. VioMe n’écoule pas ses produits dans le circuit commercial traditionnel, mais dans les centres sociaux, les lieux autogérés ainsi qu’un camp de réfugiés. Les travailleurs peuvent se payer 360 euros mensuels, l’équivalent de l’assurance chômage. Le journal parle aussi de Dita, à Tuzla, en Bosnie, qui produits des détergents. Les travailleurs ont fini par obtenir le droit de reprendre eux-mêmes une entreprise endettée et en mauvais état. Sur les 800 salariés de l’ancienne entreprise, il n’en reste que 74, touchant un salaire de 170 euros par mois, ce qui leur ouvre le droit à l’assurance maladie et à la retraite. Les produits sont écoulés par une importante chaîne de supermarchés et les consommateurs se sont mobilisés pour l’entreprise. Est aussi présentée l’entreprise Rimaflow, de Milan. A l’origine, sous le nom de Maflow, elle occupait 30000 m2 pour produire des pièces automobiles. Elle avait fait faillite et avait été rachetée par un repreneur polonais pour en emporter les machines. Aujourd’hui 12 travailleurs qui gagnent entre 700 et 800 euros par mois, pilotent un projet de résurrection du site abritant désormais diverses activités
(ateliers d’artistes, de charpente, locaux pour travailleurs indépendants, studio de répétition, coopérative de consommation bio, restaurant, atelier de recyclage de matériaux électroniques), chacun des usagers (plusieurs dizaines) versant une participation proportionnelle à ses moyens.

Etaient aussi présentes deux coopératives françaises nées de la reprise des activités par les salariés, Scop-Ti et la Fabrique du Sud. J’en avais déjà parlé dans les posts suivants: https://lib54.wordpress.com/tag/fralib/, https://lib54.wordpress.com/2013/04/24/avec-les-pilpa-de-carcassone/, https://lib54.wordpress.com/…/la-cooperative-la-fabrique-du-sud-ex-pilpa-a-repris-le-…. Il s’est passé beaucoup de choses pour Scop-Ti depuis 2010, quand l’entreprise Fralib qui produisait les thés Lipton et les tisanes Eléphant a été fermée par Unilever, la multinationale à qui elle appartenait. Une longue lutte a alors commencé qui s’est terminée en septembre 2015 quand 58 des 183 salariés du temps d’Unilever ont fondé Scop-Ti, la Société coopérative ouvrière provençale de thés et infusions. L’entreprise établie à Géménos, près de Marseille, propose aujourd’hui deux marques, 1336, qui est le nombre de jours de lutte des salariés, et Scop-Ti, destinée à la filière bio. Pour des questions de rentabilité, Scop-Ti écoule ses produits dans la grande distribution (Auchan, Carrefour, Intermarché, Leclerc,…), même si elle travaille aussi avec les circuits alternatifs (La Vie Claire, Biocoop, Bio c’bon,…). Pas de rupture avec le grand capitalisme pour la distribution des produits donc, mais déjà une philosophie claire pour la matière première: « Du côté des fournisseurs, en revanche, Scop-TI privilégie déjà les matières premières issues des filières locales : « En général, on négocie très peu le prix d’achat avec les producteurs. Ainsi, il nous arrive de payer 3 à 4 fois le prix du marché. Par exemple, là où la grande distribution achète le tilleul en Amérique latine à 6 euros le kilo, nous, nous allons payer 26 euros le kilo pour du tilleul français de meilleure qualité. » » ( http://www.altermondes.org/les-nouveaux-defis-des-ex-fralib) Voici comment Scop-Ti se définit: « La création de la coopérative correspond à l’adoption d’une gestion démocratique garantissant
l’instauration de qualités de travail satisfaisantes pour tous ses acteurs et à un engagement dans une recherche de développement de productions de qualités, inscrites dans une perspective de soutenabilité économique et environnementale./ La volonté de Scop-Ti, depuis sa création, est de parvenir, à moyen ou à long terme, à l’élaboration de circuits d’échanges relativement courts conçus dans une perspective de développement durable. Cela consiste à promouvoir la réimplantation et la relance d’une activité de production d’herbes aromatiques, arboricoles de qualité, en particulier en France et dans un périmètre local et participer à la reconstitution de ses filières. Notre but est de privilégier des partenariats avec des producteurs de proximité et de réhabiliter ainsi des savoir-faire, abandonnés ou en déclin, de manière à garantir l’approvisionnement de matières premières au sein d’un circuit viable et équitable, Tout en veillant à ce que nos produits restent accessibles à la commercialisation. »
(www.scop-ti.com/) Et le combat mené au niveau de l’économie et de l’emploi ne laisse pas de côté l’engagement politique global: « Pourtant dans le bureau des deux membres actifs de la CGT (= ce sont les deux principaux responsables élus de la coopérative,Olivier Leberquier et Gérard Cazorla), dont la porte indique Direction des ressources humaines – syndicat (!), trône toujours le portrait du Che. « Parce que la lutte continue ! Passé le portail de Scop-Ti, nous sommes dans un système capitaliste que nous avons combattu… Or aujourd’hui, il y a encore plus d’écart entre les pauvres et les riches qu’il y en avait entre les gueux et les seigneurs. C’est pourquoi nous restons de toutes les luttes par solidarité ! » (www.laprovence.com/…/le-combat-des-fralib-est-devenu-lembleme-de-scop-ti.html)
Je renvoie au beau site à la fois militant et commercial de Scop-Ti: http://www.scop-ti.com

Quant à La Fabrique du Sud, elle a été fondée en mai 2014 par 21 salariés sur les 124 de l’usine de glaces Pilpa fermée par le groupe multinational propriétaire R&R. Installée à Carcassonne, la Frabrique du Sud a mis sur le marché les glaces de la marque La Belle Aude. Actuellement, la Fabrique du Sud fait de bons résultats financiers. Elle a pu reprendre l’activité de Pilpa à condition de ne pas faire de concurrence aux anciens propriétaires, ce qui fait qu’elle s’est orientée vers une production artisanale, basée sur des produits de la région: « Aidés de Me Amine Ghenim, l’avocat qui a également défendu les ex-Fralib, les salariés ont réussi à contrer le plan de sauvegarde de l’emploi de R&R devant le tribunal d’instance et à imposer leur volonté de reprendre la production des crèmes glacées sous forme de SCOP. Le groupe international a accepté, à condition que la nouvelle entité ne les concurrence pas et qu’elle produise de la crème artisanale. « C’est ce qui nous a donné l’idée de nous lancer dans la production d’un produit plus qualitatif, avec des ingrédients naturels et si possible de la région », raconte M. Barbier.
Les salariés se sont naturellement engagés à se fournir principalement auprès de producteurs locaux. Pour certains fruits, comme la pêche, l’abricot et la poire, la SCOP s’approvisionne chez un producteur du Lot. Pour les ingrédients qui ne se cultivent pas en France, comme le cacao, ils achètent le chocolat à une entreprise de Perpignan, qui s’occupe de le transformer. « On a trouvé une bonne alternative et une fierté de mettre en place un produit 100 % local », revendique M. Barbier. »
(www.lemonde.fr/…/a-carcassonne-les-ex-pilpa-sont-entres-dans-une-nouvelle-ere_4914…)

A Thessalonique, les entreprises récupérées ont esquissé des collaborations, comme la constitution d’un réseau destiné à écouler les produits de ces entreprises. On a aussi réfléchi à la création d’un fonds de soutien accordant une aide financière aux entreprises récupérées. L’idéal serait d’ « avancer vers une nouvelle internationale » (Politis, p.24), comme le dit Emina Busuladzic, de l’entreprise Dita. Dans des proportions plus réduites, comme Scop-Ti travaille plutôt l’hiver et la Fabrique du Sud essentiellement en été, les deux sociétés collaborent déjà pour se partager les frais de démarchage commercial.

En tous les cas, ces entreprises sont une nouvelle forme de coopératives de production. Elles maintiennent des emplois, même si ce n’est pas en totalité. Elles ont rencontré une clientèle, bénéficiant parfois de la solidarité des habitants d’une région, mais trouvant aussi pragmatiquement des débouchés dans l’économie capitaliste. Elles ont souvent modifié la production, se tournant notamment vers une économie respectueuse de l’environnement et plus décroissante. Elles ont mis en place le sytème démocratique de gestion d’entreprise où les travailleurs s’organisent et oeuvrent efficacement sans patron. Un des défis porte toujours sur le financement (d’où la nécessité d’une banque où les partisans des coopératives de production placent leur argent pour financer exclusivement ce type d’entreprises, comme dans la région de Mondragon au Pays Basque). Un autre défi est le manque d’engagement de l’Etat pour amener la constitution d’une masse critique d’entreprises capables de changer le fonctionnement général de la société: il est à cet égard intéressant de constater qu’aussi bien Scop-Ti que la Fabrique du Sud ont bénéficié d’une attitude favorable des pouvoirs publics (les Fralib ont obtenu trois fois gain de cause devant la justice pour annuler les plans de sauvegarde de l’emploi d’Unilever, ce qui a conduit la multinationale a accordé presque vingt millions d’indemnités qui ont servi à fonder la coopérative; les Pilpa ont aussi obtenu l’annulation de trois plans de licenciement devant la justice et le rachat des locaux par la communauté d’agglomération de Carcassonne). Il devrait y avoir des lois claires forçant les propriétaires décidés à fermer leur entreprise rentable, à la céder aux salariés qui souhaiteraient la reprendre (on dit que cela viole la liberté économique, mais qu’est-ce qui est violé quand des salariés sont privés d’un travail utile pour la société ?). Même en France (rien d’étonnant à vrai dire après quatre ans de régime Hollande), la loi est pourtant trop faible à cet égard. La loi Hamon relative à l’économie sociale et solidaire (2014) prévoyait: « D’une part, dans le but de favoriser la reprise de PME par les salariés, la loi Hamon a introduit un droit d’information préalable des salariés (le DIPS), en cas de cession du fonds de commerce ou de la majorité des parts ou actions d’une société./ D’autre part, afin de sensibiliser le personnel à la reprise de la société dans l’hypothèse où elle ferait l’objet d’un projet de cession, la loi impose aux sociétés de moins de 250 salariés d’informer tous les trois ans le personnel sur les conditions juridiques de la reprise d’une entreprise par ces derniers. » (www.august-debouzy.com/…/132-lobligation-dinformation-des-salaries-dans-le-cadre…) Sans surprise, la loi Macron (2015) en a encore réduit le champ d’application.

Même si des désepérados ne trouvent rien de mieux que de se jeter dans la foule à la veille de Noël, même si impitoyablement, la guerre multiplie ses victimes, même si un milliardaire xénophobe est devenu président des Etats-Unis, nous ne nous laisserons pas dire que tout va mal dans ce monde: il existera toujours de nombreuses pépites de solidarité et de démocratie, que les fascistes se le disent !

Rencontres à l'usine VioMe de Thessalonique (2016)

Rencontres à l’usine VioMe de Thessalonique (2016)


viome: soligrecsnimes.collectif-citoyen.fr/…/deuxiemes-rencontres-euro-mediterraneennes-de…

Lancement des marques 1336 et Scop-Ti

Lancement des marques 1336 et Scop-Ti


scop-ti: http://www.autogestion.asso.fr/?p=5224 (lancement de scop-ti et de 1336)

Les thés 1336 de la coopérative Scop-Ti

Les thés 1336 de la coopérative Scop-Ti


thés: http://www.jefinanceunprojetcooperatif.fr/…/scop-ti-federe-grand-public-autour-sa-marque-…

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