La malbouffe high-tech, une nécessité ou un choix capitaliste ?

Posted on 27 décembre 2016

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Comme souvent, le Matin-Dimanche présente comme des nécessités, voire des progrès, des plans sur la comète pour l’avenir à l’égard desquels aucune distance critique n’est prise. Le jour de Noël, toute une page de Frédéric Vormus, illustrations à l’appui, proclamait de manière péremptoire avec un futur censé supprimer tout possibilité de choix et annihiler toute espèce de doute: « Dans 30 ans, notre nourriture aura changé de manière spectaculaire ». On voulait peut-être nous couper l’appétit, que nous avons souvent trop gros à ces moments, merci !

N’étant en rien spécialiste des questions alimentaires, je ne vais pas réfuter ce qui est si gaillardement annoncé, mais simplement poser quelques questions. Ce qui est mentionné en bas de page, est sans surprise une liste comprenant une poudre et des barres énergétiques remplaçant la nourriture et autorisées aux Etats-Unis (on n’en est pas étonné), de la nourriture imprimée (alors que la presse écrite est à la peine !), des produits de synthèse (du lait qui n’est pas du lait et de la viande qui n’est pas de la viande), un équipement pour avoir un potager hypertechnologique chez soi, et, ce qui est sans doute le plus raisonnable, les microalgues et les insectes qui sont des ressources naturelles (bien que je n’aie pas l’intention d’acheter le burger aux insectes Coop le printemps prochain, et non seulement parce que je n’aime pas les burgers).

On ne peut guère contester qu’avec l’augmentation de la population, il y aura besoin de plus de nourriture et par conséquent de plus de terres arables. Il est aussi probable qu’on ne puisse continuer à accroître le nombre des grands animaux d’élevage, dont la surconsommation de végétaux est évidente.

Mais pour ce qui est des solutions proposées, j’ai la fâcheuse impression qu’on s’inscrit ici en plein dans le développement de l’industrie productiviste capitaliste, et que le but de cet article est simplement de préparer les gens à tout gober (c’est le cas de le dire), comme si souvent par le passé, sous prétexte qu’on est face à une évolution inévitable. Les inventions dont on parle sont des produits industriels destinés à remplir les poches de leurs concepteurs: ainsi il paraît que l’inventeur de la fameuse poudre qui suffit à tout a récolté un million de dollars pour financer son projet, l’imprimante à nourriture coûtera 2050 francs, et le grand modèle de la sympathique version high-tech du potager privé coûtera quand même 2780 francs. Je me pose seulement quelques questions: pourquoi, plutôt que d’inventer des produits high-tech, ne pas simplement cultiver des produits naturels sur les balcons, sur les toits, dans les innombrables interstices non exploités, dans les villes, mais aussi dans les nombreuses zones fertiles qu’on a cessé de travailler ? Je crois que j’ai la réponse: si de cette façon on nourrit mieux les hommes, on nourrira moins bien les start-up (on tuera le bel esprit d’entreprise !) !

Pour mon compte, j’aime manger des produits naturels, de bons choux-raves, de bonnes saucisses et du vin provenant de la vigne. Je n’aime guère les poudres contenant seulement les substances chimiques nécessaires à ma survie. Plutôt que de manger de la viande qui n’est pas de la viande, je préfère manger de la vraie viande en moins grande quantité. Et tant pis pour les pertes financières des petits génies (apprentis sorciers) de l’industrie alimentaire !

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En appétit: quelques châtaignes et du fromage d’alpage, de la tourte aux noix ou un bon produit Soylent ?

images: fr.wikipedia.org et en.wikipedia.org

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