Musiques et poèmes pour 2017

Posted on 27 décembre 2016

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En cette fin 2016, je vous adresse deux chants et deux poèmes qui vous communiqueront aussi mes voeux pour l’année nouvelle.

D’abord je vous propose une berceuse, peut-être d’origine afro-américaine, interprétée ici par la grande Odetta (1930-2008), All the pretty little horses. Le passage de la version d’Odetta sur les insectes qui picotent les yeux de l’enfant renvoie à la situation des mères noires qui ne pouvaient pas prendre garde à leurs propres enfants parce qu’elles devaient s’occuper des enfants de leurs maîtres :

Essai de traduction: Tous les jolis petits chevaux
Ne dis rien,
Ne pleure pas, petit bébé,
Et quand tu te réveilleras, tu auras,
Tous les jolis petits chevaux,
Les noirs et les bais
Les tachetés et les gris,
Tous les jolis petits chevaux

Tout au fond là-bas
Dans la prairie,
Est couché mon pauvre petit bébé,
Des abeilles et des papillons
Picotent ses yeux
La pauvre petite chose crie « maman »,
Noirs et bais,
Tachetés et gris,
Tous les jolis petits chevaux.

Endors-toi, petit bébé,
Quand tu te réveilleras,
Tu auras,
Tous les jolis petits chevaux.

Et voici un beau cantique de Noël breton, composé par le Père Pierre Noury, recteur de Bignan, né en 1743, Pe trouz War An Douar (Quel bruit sur terre). Il est ici joué à Carhaix à la bombarde et à l’orgue par J.-M. Alhaits et J.-P. Rolland.

Les paroles des deux premiers couplets sont, en breton:
Pe trouz war an douar
Pe kan a glevan-me ?
Na kaer eo ar moueziou
A zeu eus an nenv.
« Aeked lavarit din,
Perag ho kanaouenn ?
Er bed, petra nevez
‘Zo errua laouen ? »

Kanit ivez ganeomp,
Kanit pobl an douar !
Ni zeu da lared deoc’h
Un neventi hep par !
Ur mabig benniget,
Roue Jerusalem,
A zo ganet evidoc’h
E ker a Vethleem !

et en français:
Quel bruit sur terre,
Quel chant est-ce que j’entends ?
Que sont belles les voix
Qui viennent du ciel !
« Anges, dites-moi
Pourquoi vos chants ?
Quelle nouvelle joyeuse
Est arrivée dans ce monde ? »

Chantez aussi avec nous !
Chantez peuple de la terre !
Nous allons vous dire
Une nouvelle merveilleuse !
Un petit enfant béni,
Roi de Jérusalem,
Est né pour vous,
Dans la ville de Bethléem !

(texte breton et traduction:http://jlbs.pagesperso-orange.fr/jlbs/petrouz.html)

Chapelle Saint-Clair à Limerzel (Morbihan, Bretagne)

Chapelle Saint-Clair à Limerzel (Morbihan, Bretagne)


image: http://polo-deepdelver.eklablog.com/chapelles-bretonnes-a84812194 (merci à l’auteur)

Pour terminer deux poèmes de Raymond Queneau (1903-1976) tirés, le premier, de Battre la campagne (1968), le second, de Fendre les flots (1969), recueils des dernières années de la vie du grand écrivain. Dans la préface au livre qui réunit les deux précédents recueils ainsi que Courir les rues (1967) (collection Poésie/Gallimard), Claude Debon écrit (p. 7): « Pourtant, derrière les épaisses lunettes et le rire si étrange, déconcertant, on ne trouverait ni la certitude apaisée de l’adulte, ni les jouissances d’un orgueil satisfait. Le coeur reste aussi fragile à soixante ans qu’il l’était dans sa vingtième année, les questions aussi fortes, plus angoissées peut-être encore car le « faut-mourir » s’approche. » Ce qu’il y a d’extraordinaire chez Queneau, c’est en effet justement cette distance de l’humour conservée face aux questions essentielles, tellement essentielles qu’elles demandent précisément que, aussi par modestie, l’homme conserve face à elles la distance d’un philosophique sourire ou d’une apparente légèreté.

Un cri

Dans la nuit de ciment
le cri de la nature
a fracturé le ciel
comme un pont qui s’éteint
sous le pas des soldats

La nature a crié
une étoile étincelle
un arbre s’est courbé
un roc s’est déplacé
un volcan a dansé

dans ce cri long et lourd
dans ce coup de marteau
dans cet ululement
dans cette déchirure
qui donc s’est exprimé

la nature a-t-elle dit
quelque chose à quelqu’un
la nature a-t-elle peint
un mal irrémédiable
du bien le bien du bien final

dans la nuit de ciment
c’est elle qui crie
la nature entraînée
dans le gouffre du temps
cherchant sa délivrance

Le dragon doux

Un serpent de mer arrive à bon port
il rencontre des journalistes
il leur explique quel est son sort
et pourquoi il se sent si triste
et d’où vient le fait qu’il existe

Au bout de peu de temps on se familiarise
on l’appelle par son petit nom
les femmes veulent lui faire des bises
un chasseur prépare du petit plomb

Quand il parle maintenant on ricane
plus question de lui à la télévision
on lui reproche d’obstruer la porte océane
ce qui amène de nombreuses protestations

Alors il retourne vers sa solitude marine
avant qu’on ne lui fasse un mauvais sort
s’il avait soufflé un peu de feu par les narines
peut-être aurait-il trouvé un plus accueillant port

Pour Le dragon doux: ecole.onsevoitdemainalors.org › Poésies

Raymond Queneau

Raymond Queneau


image: poemescitations.over-blog.com

Que ces mélodies et ces vers puissent parfois nous apporter un peu de réconfort à travers les soucis de l’année 2017 !

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