Mélenchon et Hamon: une concurrence malvenue

Posted on 7 février 2017

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L’élection présidentielle française d’avril et mai prochains va vraisemblablement et malheureusement se terminer au deuxième tour par un duel entre Marine Le Pen et un candidat de la droite (un LR) ou du centre(-droit) (peut-être Macron).

Pour l’instant, l’élection s’annonce mal pour la gauche. Le bilan désastreux du quinquennat Hollande est une des causes de cette situation, car il a non seulement entraîné un rejet massif de la gauche gouvernementale dans la population comme chez les électeurs socialistes, mais aussi une division de la gauche modérée qui s’ajoute à celle, classique, entre gauche modérée et gauche radicale. On ne pleurera pas sur les malheurs de la gauche modérée française qui récolte ce qu’elle a semé ou plutôt ce qu’après campagne elle n’a pas semé, mais hélas il est encore une fois peu probable que Jean-Luc Mélenchon, candidat naturel de la majorité de la gauche radicale, bénéficie largement du déclin socialiste.

Pour illustrer ce propos, regardons les sondages de décembre 2016 et de février 2017:
En décembre 2016, selon Ifop-Fiducial, Jean-Luc Mélenchon obtient 12,5 % et 13,5 %, selon BVA, 14 %, 13 % et 17 %, et selon Cevipof Ipsos-Sopra Steria 13 % et 14 %, les candidats de la gauche socialiste, avant la primaire, oscillant entre 4 % et 7 % (François Fillon, avec à l’époque de 23 % à 29 %, battant la plupart du temps Marine Le Pen qui ne dépasse pas 26 %)
En février 2017, selon Ifop-Fiducial, Jean-Luc Mélenchon est crédité de 9 %, 9,5 % et 10 %, et pour BVA, de 11 % et 11,5 %, Benoît Hamon selon Ifop-Fiducial reçoit 18 %, 17 % et 16,5 %, et pour BVA, 16 % et 17 % (alors que Marine Le Pen est en tête avec pour Ifop-Fiducial, 24 %, 24,5 % et 25 %, et pour BVA 25 %, Macron, l’emportant sur Fillon, montant à 22 % chez BVA)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_de_sondages_sur_l'élection_présidentielle_française_de_2017

En décembre, en l’absence d’une candidature socialiste, Jean-Luc Mélenchon est entre 12,5 % et 17 % des intentions de vote. Il rassemble la majorité du vote de la gauche radicale, mais aussi certainement une frange du vote de la gauche socialiste. En février, après la désignation de Benoît Hamon comme candidat socialiste, ce dernier obtient 16,5 % à 18 % des intentions de vote, alors que Jean-Luc Mélenchon n’en réalise plus que 9 % à 11,5 %. Benoît Hamon a donc reconquis les voix de la gauche socialiste , alors que le leader de la France insoumise peut seulement atteindre le score d’il y a cinq ans (11,1 %). Bien sûr, un sondage n’est qu’un sondage et d’ici l’élection, bien de l’eau va couler sous les ponts de Paris et d’ailleurs. Mais pour l’union d’une vraie gauche, le scénario qui est arrivé est sans doute un des pires. La désignation de Manuel Valls comme candidat PS aurait été bien plus favorable: la gauche socialiste pour rester fidèle à ses valeurs et à ses objectifs aurait dû se rallier à Jean-Luc Mélenchon. Avec la désignation de Benoît Hamon, le seul résultat est de diviser la vraie gauche en deux camps, dont aucun dans ces conditions ne va briller. Le plus regrettable est que si l’on attribue l’étiquette de vraie gauche aux soutiens de Benoît Hamon, c’est à mon sens par rapport à la sincérité de leur engagement, mais non par rapport à la ligne politique du candidat. En matière de vraie gauche, Jean-Luc Mélenchon, quoi qu’on pense de sa personnalité (on ne vote pas pour des personnalités mais pour des programmes) et même si l’on ne peut approuver toutes ses propositions 1), est dix fois plus crédible. La primaire s’étant passée entre socialistes ou apparentés, il est naturel que les socialistes de gauche se soient ralliés au panache rose foncé d’un Hamon brandissant l’allocation universelle, plutôt qu’à un défenseur de la vraie gauche combative ayant claqué la porte de leur parti. Mais si cette réaction est naturelle, elle est très dommageable pour la gauche. Elle empêche la reconstruction d’une vraie gauche autour d’une ligne claire pour la défense des travailleurs et des services publics, ainsi que pour la réorientation de l’économie. Les socialistes restent attachés déraisonnablement à ce PS mitterrandien dont le principal succès est d’avoir mis à genoux le PCF et la gauche radicale pour, sur leurs ruines, pratiquer une politique de plus en plus droitière. Ces dernières années, les députés dits frondeurs et quelques ministres démissionnaires se sont mis à critiquer un gouvernement socialiste de plus en plus libéral et sécuritaire, mais ils ont beaucoup tergiversé et n’ont pas eu le courage de rompre avec cet appareil qui leur avait permis de faire carrière. Et au dernier moment, Arnaud Montebourg et Benoît Hamon soudain apparaissent comme des champions de la vraie gauche. Ils ont convaincu les militants socialistes qui veulent sauver leur maison délabrée, mais ils ne font pas sérieux face à Jean-Luc Mélenchon. Mélenchon a eu le courage de rompre avec le PS, de s’allier avec le PCF et avec d’autres forces de la gauche radicale, il a été fidèle à une claire ligne de gauche sans compromission, il a osé parler de rupture avec l’UE néolibérale.

Certains disent que Jean-Luc Mélenchon aurait dû s’effacer au profit de Benoît Hamon: la belle idée ! depuis quand celui qui défend une ligne depuis des années, qui a déjà fait une campagne et commencé l’actuelle depuis des mois devrait rejoindre celui qui était ministre il y a encore trois ans, et qui vient de tomber dans la campagne avec un programme inconnu il y a peu ? Si Hamon voulait vraiment qu’une vraie gauche se reconstitue, il quitterait le PS, s’associerait à la gauche radicale et travaillerait à mettre fin à la division des deux gauches qui a marqué la France durant tout le XXème siècle suite au Congrès de Tours 2). C’est la gauche radicale qui défend aujourd’hui les positions de la gauche modérée du XXème siècle (même si elle espère aller plus loin): quel est le sens de la poursuite par la gauche modérée, et par les dirigeants de ses ailes gauche, d’une évolution séparée héritée du temps où l’on se déchirait sur l’adhésion ou non au processus de la révolution russe, dont les dernières conséquences ont disparu depuis bientôt 30 ans ? Cette question s’adresse à Benoît Hamon et aux militants socialistes de gauche qui ont voté pour lui à la primaire et s’apprêtent à le soutenir lors du premier tour de l’élection présidentielle: pour une quatrième place, avec la perspective de priver Jean-Luc Mélenchon d’un succès assurément plus mérité, mais surtout plus porteur à long terme pour une reconstruction de la gauche, vaut-il la peine d’introduire une vaine concurrence dans le camp qui se bat encore pour les objectifs du socialisme 3) ?

Emmanuel Macron semblant absorber les bataillons du centre et de la droite du PS (qui ne sont plus de gauche), la gauche (gauche du PS autour de Hamon, gauche radicale autour de Mélenchon, trotskystes avec Poutou et Arthaud, Verts avec Jadot), si elle était unie, atteindrait à coup sûr les 25 % et aurait bien des chances d’être sans compromission au 2ème tour. De quoi réfléchir aux divisions souvent nées il y a un siècle… mais pas pour s’effacer devant le dernier candidat tombé du ciel, fût-il sincère et représentant du parti qui domina la gauche française depuis les années 1970 ! Avec le PS, et les Français depuis le temps devraient le savoir, ou bien on a un candidat vraiment de gauche et alors il fait double emploi avec celui de la gauche radicale dont il est plus ou moins une copie, ou bien on a un candidat avant tout soucieux d’être au 2ème tour qui accumule les concessions pour ratisser large et peut-être gagner au prix des abandons du quinquennat écoulé: avec Benoît Hamon, on est pour l’instant sûr du premier risque, mais le second en plus est loin d’être écarté…

1) Je suis beaucoup moins technophile que lui (ou que ses conseillers) et ses appels à développer l’exploration de l’espace ou l’homme augmenté ne me plaisent pas beaucoup (et c’est peu dire). La question productivisme-scientisme et décroissance est très importante et généralement peu discutée, mais pour l’heure l’urgence sociale et environnementale doit avoir la priorité.
2) En décembre 1920, la SFIO (parti socialiste français) tint un congrès à Tours, à l’issue duquel une majorité des délégués (3208 voix) opta pour le soutien à la Révolution russe et la création de la SFIC (communiste), alors que la minorité (1022 voix) choisissait de prolonger la SFIO socialiste (voir: https://fr.wikipedia.org/wiki/Congrès_de_Tours_(SFIO)). C’est sur cette base que la gauche française a évolué durant tout le siècle passé. Si l’on ajoute l’apparition de mouvements communistes trotskystes condamnant le stalinisme, on obtient la triple structure de la gauche française encore en vigueur: PS, PCF, partis trotskystes (NPA, LO,…), dont les rapports ont toujours été compliqués. Mais que penser de divisions nées de l’histoire, lorsque l’histoire a tourné la page des contextes qui les justifiaient ?
3) A part l’idée douteuse du revenu universel, le programme de Benoît Hamon ne semble guère innover, notamment concernant l’écologie et le changement institutionnel, par rapport à L’Avenir en commun du candidat Mélenchon. Il est seulement moins radical, ce qui semble évident pour un candidat issu de la gauche d’un parti modéré, mais il poursuit les mêmes buts. Cette constatation permet d’autant plus de s’interroger sur le besoin d’une candidature Hamon, en dehors de considérations partisanes (sauver le PS mal en point) ou personnelles (devenir un leader national).

Jean-Luc Mélenchon: candidat naturel de la gauche radicale

Jean-Luc Mélenchon: candidat naturel de la gauche radicale


https://fr.wikipedia.org

Benoît Hamon: un candidat pour sauver le PS

Benoît Hamon: un candidat pour sauver le PS


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